En proposant un accord de « swap » tripartite avec le Brésil et l'Iran, le 17 mai 2010, la Turquie non seulement tente de trouver une issue à l'impasse du dossier nucléaire iranien, mais essaie d'éviter que de nouvelles sanctions soient prononcées contre Téhéran par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, car elle estime que ces dernières sont contre-productives. L'opposition vigoureuse de Washington à une telle démarche a surpris les dirigeants turcs dont le vote contre la Résolution de l'ONU a accentué une méfiance réciproque déjà nourrie par la posture « indépendante » d'Ankara au Moyen-Orient, l'attitude jugée complaisante à l'égard de l'Iran, et par les incidents violents liés à l'intervention de la marine israélienne contre la flotille « humanitaire » turque qui voulait porter assistance aux palestiniens de Gaza. A travers et au-delà du seul dossier nucléaire, la Turquie apparaît comme voulant se poser comme un acteur régional et global. A l'occasion, notamment, du « printemps arabe », Ankara propose ses médiations, ses « conseils » mais aussi un « modèle turc » d'un islam compatible avec la démocracie. Le présent article tente de décrire les fondements, le contenu, les limites et l’ambiguïté de ces ambitions.
While proposing a three-power “swap” pact with Brazil and Iran, on 17th May 2010, Turkey is not only attempting to find a solution to the deadlocked Iranian nuclear issue, but is trying to avoid that new sanctions be voted against Tehran by the United Nations Security Council, as it considers that these are counter-productive. The strong opposition raised by Washington against this step has surprised Turkish leaders whose vote against UN Resolution has increased the mutual distrust already fed by Ankara's “independent” posture in the Middle East, a behaviour seen as accommodating towards Iran, and (by) violent incidents related to the Israelian navy action against the Turkish “humanitarian” flottilla which was intended to bring assistance to Gaza palestinians. Through and beyond the nuclear issue, Turkey shows its intention to behave as a regional and global power. Notably, with the “arab spring”, Ankara is proposing mediations,"hints", but as well a “Turkish model” for an Islam consistent with democracy. This paper is intended to describe