Ahmet Davutoglu, actuel ministre des affaires étrangères turc, a indiqué dans une de ses déclarations à propos du déclenchement des
révoltes arabes au Moyen-Orient dans les premiers mois de l’année 2011 que le temps était venu pour normaliser le flux de l’histoire. Pour lui, “si l’on échoue à tenir compte de la nécessité de reconnecter les sociétés, les communautés, les tribus ainsi que les ethnicités dans notre région, on perdra le momentum de l’histoire. Notre futur est notre sens du destin commun. Nous avons tous un destin commun dans cette région. [...] En général, “le Moyen-Orient”, terme orientaliste, est considéré comme synonyme de tensions, conflits et sous-développement. Mais, notre région a été depuis des millénaires le centre des civilisations témoignant de fortes traditions de l’ordre politique dans lequel des environnements multiculturels se sont développés. En dehors de cet héritage civilisationnel et politique, nous avons aujourd’hui suffisamment de ressources économiques afin de faire de notre région un centre de gravité global.”
Il est clair que cette déclaration d’Ahmet Davutoglu s’inscrit dans un cadre de prise de conscience de l’existence d’un destin commun pour les peuples du Moyen-Orient. Certes, une certaine conscience d’appartenance à une communauté dans laquelle les peuples partageraient des intérêts communs a commencé à émerger ces dernières années au Moyen-Orient. De même, le 12 février 2011, dans une déclaration faite à la chaîne nationale CNN Türk, Davutoglu avait avancé à propos des révoltes en Égypte qu’une conscience commune existant en dehors de l’état-nation vient d’émerger dans la région.” Selon Davutoglu, l’émergence de cette conscience commune représente le début d’un tournant historique au Moyen-Orient. Pour certains observateurs turcs et internationaux, l’idée de l’émergence d’une conscience collective au Moyen-Orient exprimée par Davutoglu est révélatrice de la tendance néo-ottomaniste de la nouvelle politique extérieure turque. Cependant, ni Davutoglu ni les autres dirigeants politiques de l’AKP approuvent l’emploi du terme “néo-ottomanisme” pour conceptualiser l’activisme de la politique extérieure turque d’aujourd’hui. Il semble que ces propos de l’actuel ministre des affaires étrangères turc soulignent la nécessité de jeter les bases d’une nouvelle communauté du Moyen-Orient, une sorte de “communauté de sécurité” partageant les mêmes valeurs démocratiques et culturelles autour d’intérêts stratégiques communs.
Tous ces propos d’Ahmet Davutoglu ne sont-ils pas révélateurs d’un changement doctrinaire de l’actuelle politique extérieure turque ? Quelle est la substance de la politique extérieure turque d’aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’il y a de “nouveau” dans cette politique extérieure turque ? Si l’on admet qu’il s’agit d’un “renouveau” dans l’actuelle politique extérieure turque, sur quelles paramètres se base-t-il ? Comment décoder la réorientation de la politique extérieure d’Ankara ? Peut-on parler aujourd’hui d’une réelle volonté chez les actuels dirigeants politiques turcs de restaurer la culture stratégique de la Turquie ? Quelle place occupe l’Occident, ou plus particulièrement l’Europe, dans l’actuel agenda de politique extérieure turque ? Le réengagement de la Turquie avec le Moyen-Orient se fait-il au détriment de ses relations avec l’Europe ? Par quelle rhétorique du gouvernement AKP la forte régionalisation de la politique extérieure turque de ces dernières années est-elle alimentée ? Le repositionnement turc sur la scène internationale, en tant qu’acteur plus confiant, indépendant et proactif visant à utiliser son soft power, confère-t-il à Ankara de nouveaux rôles supplémentaires? Quelle valeur ajoutée génère l’actuelle politique extérieure turque pour l’Europe, le Moyen-Orient ainsi que pour toutes les autres régions où la Turquie exerce une influence politique, économique et culturelle?
Toutes ces questions constituent autant de points d’interrogations pour lesquels
les observateurs et politologues internationaux et turcs cherchent ces dernières années des réponses adéquates afin de mieux tenir compte de l’activisme plus poussé de la diplomatie actuelle d’Ankara. Qu’elle soit considérée comme nouvelle ou pas, l’actuelle politique extérieure turque est plus active, plus indépendante et plus flexible, et par conséquent, moins dépendante de ses alliés occidentaux que dans le passé. Les changements effectués dans la conjoncture internationale depuis 2001 et l’arrivée au pouvoir en Turquie en 2002 d’un nouveau parti politique à l’origine du mouvement islamiste, l’AKP, ont également contribué à la transformation de la politique extérieure turque sur des nouvelles bases doctrinaires prenant leur source majoritairement dans la doctrine de profondeur stratégique d’Ahmet Davutoglu, ex-universitaire, nouveau ministre des Affaires étrangères turc depuis 2009.
Depuis ces dix dernières années, la politique extérieure turque vient de connaître des mutations très profondes. Les premières années de l’après-guerre froide ont été caractérisées par une prise de conscience pour la politique extérieure turque de ses atouts et de ses contraintes. Le démembrement de l’Union soviétique et la disparition de la menace communiste ont en effet contribué à la multiplication des choix d’Ankara en matière de politique extérieure. Il s’avère donc clair que la politique extérieure traditionnelle de la Turquie orientée vers l’Occident et formulée majoritairement selon les intérêts de sécurité de ce dernier ne peut plus être valide dans un environnement international où l’U.R.S.S. n’existe plus et où les États-Unis ont émergé comme seule superpuissance du nouvel ordre mondial d’après-guerre froide. Face au démantèlement de l’U.R.S.S., la Turquie qui s’est retrouvée dans un voisinage différencié et entouré par de nouveaux États indépendants a dû reformuler sa politique extérieure traditionnelle en déterminant ses nouvelles frontières et passages. Cette nouvelle politique extérieure turque plus diversifiée qu’avant nécessitait la revalorisation de la place géostratégique de la Turquie autour d’une nouvelle géopolitique aussi bien réelle qu’imaginaire à l’usage des dirigeants politiques turcs de l’époque. L’emploi régulier par ces derniers de la métaphore de “pont” entre l’Occident et l’Orient depuis la seconde moitié des années 1990 pour accentuer l’identité dualiste de la politique extérieure turque, ainsi que l’identité occidentale “hybride” ou “entre les deux” de la Turquie, est donc devenu la caractéristique la plus importante de la politique extérieure turque des années 90. Les premières traces de la politique extérieure multidirectionnelle peuvent être donc retrouvées dans la décennie suivant la fin de la guerre froide durant laquelle Ankara a tenté de s’ouvrir à l’Asie centrale vers les ex-pays soviétiques turcophones ainsi que vers les peuples musulmans des Balkans avec lesquels de forts liens historiques et culturels existent.
La guerre du Golfe éclatant en 1991 fut révélatrice du fait que les États-Unis et les puissances occidentales continueraient à jouer leurs rôles de régulateurs et d’être les principaux acteurs de la scène internationale qui détermineraient le cours des événements internationaux. Les premières années de l’après-guerre ont été également marquées par la réémergence de l’Europe comme grande puissance politique et économique, promotrice de nouveaux changements dans le système international à travers notamment sa politique d’élargissement vers l’est de l’Europe.
La prise de conscience par la diplomatie turque des atouts géopolitiques de sa géographie nouvellement construite à la suite des changements majeurs apparus sur la scène internationale “différenciée” dans la période d’après-guerre froide s’est accélérée avec la décision européenne de l’octroi à Ankara du statut de candidat à l’UE en 1999. L’année 1999 est donc devenue un tournant important pour la politique extérieure turque qui était fortement alignée sur l’Occident depuis le dernier siècle de l’ère ottomane. Cependant, la période post-Helsinki ne fut pas sans problème pour la Turquie qui s’était engagée à effectuer une série de réformes européennes à un rythme accéléré. Un an après l’ouverture des négociations avec la Turquie en octobre 2005, les relations turco-européennes sont entrées dans une impasse avec la décision du Conseil européen de suspendre partiellement les négociations avec la Turquie en décembre 2006 suite au refus turc d’ouvrir ses ports et son espace aérien à la République de Chypre à cause du maintien de l’embargo économique et de l’isolement imposé par l’UE à l’égard des Chypriotes turcs. Dès lors, avec la hausse du ton des critiques de certains pays européens à l’égard d’une éventuelle adhésion de la Turquie à l’UE, les relations entre Ankara et Bruxelles ont pris un caractère ambigu.
Un autre événement qui a aussi contribué à un changement de paradigme de la politique extérieure turque de l’interdépendance vers l’autonomisation et la flexibilité pragmatique est les attentats du 11 septembre 2001. La guerre contre le terrorisme déclenchée par les États-Unis d’abord contre l’Afghanistan et ensuite contre les autres États “voyous” ont, en fait, rapproché à nouveau les perceptions de sécurité d’Ankara et de Washington. Cependant, avec le refus du Parlement turc de la motion du 1er mars 2003 pour le transit des soldats américains à travers le territoire turc vers l’Irak, les relations entre les deux pays sont passées par une épreuve majeure et se sont considérablement détériorées. Bien évidemment, certains événements marquants s’étant déroulés après la guerre d’Irak de 2003, comme les événements de Suleymanie et l’augmentation des attaques terroristes du PKK envers le sol turc, ont aussi contribué à la création d’une grande brèche dans les relations turco-américaines dont les traces ne sont pas encore complètement dissipées. La nouvelle géopolitique post-Saddam apparue au Moyen-Orient avec le changement des équilibres en faveur des États-Unis a également témoigné des événements très importants sur la scène de la politique intérieure turque comme les hésitations du gouvernement AKP en matière de politique extérieure et l’accélération du processus des réformes européennes dans le pays. La période d’après la grande rupture de la guerre d’Irak de 2003 a été caractérisée par la prise de conscience des dirigeants politiques turcs à propos des déséquilibres de la politique extérieure turque. Aujourd’hui, il paraît clair que la doctrine de la profondeur stratégique d’Ahmet Davutoglu, ex-consultant du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, et ministre des Affaires étrangères turc depuis 2009, qui vise à exercer une politique plus équilibrée, active et multidimensionnelle sur les anciens territoires ottomans en accentuant la profondeur historique et géographique de la Turquie, a eu des implications très importantes sur la nouvelle géopolitique et politique extérieure turque. Une chose est claire : cette nouvelle vision géopolitique de Davutoglu, dont l’un des objectifs était de redéfinir les passages et les frontières de la politique extérieure, vient de transformer profondément les équilibres traditionnels de l’agenda de politique extérieure turque.
La volonté d’Ahmet Davutoglu de repositionner la Turquie géopolitiquement comme un pays central visant à unifier les deux grandes civilisations, occidentale et islamique, et comme un acteur principal et privilégié de la région du Moyen-Orient, reflète sans doute un certain changement de paradigme et une différenciation de la traditionnelle politique extérieure turque qui tentait depuis l’ère d’Atatürk de positionner la Turquie davantage à l’Occident qu’à l’Orient.
Il est vrai que les Turcs ont toujours cherché à être admis comme des membres à part entière de la société occidentale et de ne pas en être les parias. À certain égard, ils sont parvenus à obtenir un certain crédit en devenant une nation civilisée et moderne. Cependant, parmi les Européens, le sentiment répandu reste toujours le même: la Turquie n’est pas authentiquement de l’Occident. Elle est plutôt de l’extérieur, une étrangère ainsi qu’une intruse dans la communauté européenne. Aux yeux des dirigeants politiques turcs d’hier et d’aujourd’hui, l’altérité turque au sein de l’Europe apparaît toujours comme une réalité bien forte. La question de l’identité de la Turquie reste donc au centre de toutes les approches et discours élaborés par les cadres politiques turcs en matière de politique extérieure. À la différence des gouvernements turcs précédents, le gouvernement de l’AKP, issu majoritairement du mouvement islamiste et arrivé au pouvoir en 2002, a adopté une nouvelle approche de politique extérieure basée sur un discours civilisationnel plus poussé qui vise à remettre en valeur l’identité “orientale” et “islamique” de la Turquie, sans remettre en cause les liens institutionnels de leur pays avec l’Occident. Comme prétendu par certains observateurs internationaux, cette nouvelle approche doctrinaire de la politique extérieure turque ne représente à aucun moment un changement d’axe, mais plutôt un rééquilibrage en lui attribuant une certaine flexibilité pragmatique. D’un autre côté, ce qui est nouveau dans cette approche est que sur le plan culturel, la Turquie est désormais présentée au monde occidental comme un pays davantage attaché à la civilisation islamique/turque qu’à la civilisation occidentale. Cette nouvelle approche doctrinaire du gouvernement AKP donne sans doute un nouveau sens à la candidature turque à l’UE en la présentant davantage comme « une rencontre ou réconciliation de civilisations » que comme la participation de la Turquie dans une civilisation uniquement représentée par l’Occident. A la différence des gouvernements turcs précédents qui ont également élaboré un agenda de politique extérieure « actif » et « multidirectionnel », notamment ceux arrivés au pouvoir dans la période de l’après-guerre froide, le gouvernement AKP a mis au cœur de sa politique extérieure son discours civilisationnel « différencié » visant à valoriser l’identité authentique de la Turquie en Europe.
Dans cette perspective, il n’est pas donc très étonnant que le gouvernement AKP se soit engagé à renforcer le rôle régional de la Turquie dans son voisinage immédiat, plus particulièrement au Moyen-Orient. Bien évidemment, les relations qu’entretient la Turquie avec ses voisins moyen-orientaux ont connu ces dernières années une grande transformation. En dehors de la volonté des leaders politiques de l’AKP de valoriser la place de la Turquie au Moyen-Orient, d’autres facteurs ont aussi joué un rôle important dans le renforcement du régionalisme turc au Moyen-Orient. Le décalage apparu dans l’équilibre des puissances existant dans le système international et le changement de perceptions de sécurité de la Turquie et de ses alliés occidentaux ont largement contribué à la transformation structurelle de la politique extérieure turque qui était traditionnellement orientée davantage vers l’Occident que vers l’Orient. Les transitions de puissance apparues dans le système international et régional ont donc causé l’accroissement relatif de la puissance politique, militaire et économique de la Turquie dans les régions qui l’entourent. Bien évidemment, l’activisme de la politique extérieure turque ayant émergé dans l’après-guerre froide n’est pas seulement un résultat des changements systémiques mais aussi de ceux effectués sur le plan de la politique intérieure turque. La combinaison de plusieurs facteurs tels que la montée en puissance des acteurs non-étatiques dans la vie politique turque dans les années 90 et l’affaiblissement du rôle de certains acteurs bureaucratiques traditionnels, notamment les militaires et les élites kémalistes, dans le pays depuis la dernière décennie combiné à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau parti politique en 2002, l’AKP, ont sans doute accéléré la tendance activiste de la politique extérieure turque dans toutes les régions à sa proximité, notamment au Moyen-Orient.
Le renforcement du rôle régional de la Turquie au Moyen-Orient ces dernières années à travers l’utilisation des instruments de son “soft power” a également nécessité une remise en cause de l’identité occidentale turque “déséquilibrée”. Il est évident que depuis la fondation de la République de Turquie en 1923, l’Europe occupe une place centrale non seulement dans la construction de l’identité nationale turque mais aussi dans la formulation de la politique extérieure turque par les élites politiques kémalistes. Par contre, le Moyen-Orient faisant partie sans doute de l’identité “hybride” de la Turquie est quasiment absent dans le processus de construction de son identité nationale. Lorsque l’Europe tente de se différencier en imaginant la Turquie comme son “autre”, paradoxalement, la Turquie s’est aussi longtemps différenciée du Moyen-Orient, son autre “imaginaire” en avançant qu’elle appartenait politiquement, culturellement et historiquement davantage au monde occidental qu’au monde oriental.
En partant de la nouvelle rhétorique de la politique extérieure turque de l’actuel gouvernement, ce volume de la revue EurOrient tentera d’explorer les nouveaux paradigmes de la politique extérieure turque ainsi que les atouts et défis résultant de ceux-ci. Ces deux numéros de la revue française EurOrient sont composés de 18 articles au total traitant quatre principaux axes de recherche. Le premier numéro intitulé “Passages et frontières de la nouvelle politique extérieure turque” est composé de 8 articles est organisé autour de 2 axes de recherche portant sur les thèmes suivants: 1) Des anciennes traditions géopolitiques à une nouvelle politique extérieure turque : identité (s), sécurité, géographie, pouvoir. 2) La politique extérieure turque d’aujourd’hui entre ses anciens alignements et son nouveau voisinage: opportunités et défis. Le deuxième numéro intitulé “Régionalisation et angles correspondants de la politique extérieure turque”, quant à lui, regroupe 10 articles autour de deux principaux axes de recherche : 1) Le “décalage” des réalités régionales complexes de la politique extérieure turque vers le Moyen-Orient, le Caucase, la Méditerranée et les Balkans. 2) Les effets transversaux et la politique extérieure turque: les acteurs économiques, le commerce extérieur et les médias.
Ouvrant le premier numéro de notre dossier autour de son
premier axe de recherche portant sur le thème “des anciennes traditions
géopolitiques à une nouvelle politique extérieure turque: identité (s), sécurité, géographie,
pouvoir” l’article d’Emel Parlar Dal intitulé “Entre paysage spécifique de la Turquie et paysage à l’européenne:
écart ou complémentarité?” utilise la notion du “paysage”, un terme très ambigu dans les contextes de
la géographie et de la géopolitique culturelles pour rendre plus visible les interactions du paysage européen
avec le paysage spécifique de la Turquie, pays avec lequel l’UE entretient des relations ambiguës et très
compliquées depuis 1999, date où celle-ci fut déclarée candidate officielle à l’UE. Ainsi, l’auteur avance
que si le paysage européen reste basé sur l’idée de rencontre de civilisations, le paysage «spécifique»
de la Turquie pourrait y créer un effet de complémentarité à travers son rôle d’harmonisateur entre les
civilisations occidentale et islamique.
« La Turquie, un espace-frontière de médiation » de Gérard Groc est un bel article traitant de
la nécessité de dépasser l’altérité turque en accentuant de plus en plus sur la proximité géographique
de ce pays pour neutraliser l’argument de “différence” dans les rapports turco-européens. Pour inverser
les relations turco-européennes existantes, l’auteur suggère que la Turquie, en tant qu’espace de
médiation ne distinguant pas vraiment l’Occident et l’Orient mais qui en fait une symbiose, peut
permettre à ajouter à la future Europe multi-fonctions de nouvelles dimensions géostratégiques,
économiques, politiques et culturelles. Dans son texte, Gérard Groc s’intéresse aussi à une
réflexion sur les frontières “naturelles” de l’Europe ainsi que sur une double question posée par la
Turquie qui interroge la frontière européenne d’un côté à travers son identité supposée à anticiper
quelques incomptabilités à l’Europe, et d’un autre côté à travers l’articulation de l’espace européen
redessiné avec une éventuelle participation de la Turquie à l’UE à un nouvel environnement externe marqué
par les conflits. Dans une approche dynamique et multifactorielle, l’auteur avance que la Turquie peut
faire Office d’un espace-frontière de médiation dans la périphérie européenne qui désigne davantage
une zone d’élaboration du contact qu’une délimitation entre “interne” et “externe” de l’Europe. D’après
l’auteur, “La Turquie peut être là un sésame”.
Le dernier article de la première thématique de ce premier numéro est le bel article de Michel Makinsky intitulé “La Turquie et le nucléaire iranien :
un révélateur d’ambitions régionales et globales, dans un Moyen-Orient bouleversé.” Dans son article, l’auteur essaie de dégager le lien entre la position turque à l’égard de la nucléarisation de l’Iran et les visées régionales de la nouvelle politique extérieure turque qui essaient d’élargir le sphère d’influence d’Ankara au Moyen-Orient à travers son “soft power” et ses liens historiques, géographiques et culturels existants avec cette région. Dans son texte, Makinsky illustre parfaitement les limites et les ambigüités de l’activisme turc au Moyen-Orient dans l’exemple de la “nouvelle” politique turque envers la question du nucléaire iranien qui considère la mise en place des nouvelles sanctions contre l’Iran comme counter-productive et inutile qui aboutiraient sans doute à la radicalisation et l’isolement de l’Iran. D’après l’auteur, en signant l’accord de swap tripartite le 17 mai 2010 avec le Brésil et l’Iran, Ankara a tenté de valoriser aux yeux de ses alliés européens la solution diplomatique à la question nucléaire malgré que l’Union européenne et les États-Unis n’ont pas tardé à manifester leurs fortes réserves et leur sceptisme envers cette initiative diplomatique turque. D’où une ambivalence de la politique iranienne turque a commencé à apparaître sous plusieurs aspects.
Le second axe de recherche du premier numéro de ce volume concerne le thème de la politique extérieure turque d’aujourd’hui entre ses anciens alignements et son nouveau voisinage: opportunités et défis, qui est composé de quatre articles. Emel Parlar Dal apporte une seconde fois une réflexion sur “La Turquie et l’ambivalence des relations transatlantiques : ses marges de manœuvre après 2003”. Dans son texte, l’auteur affirme que les nouvelles conditions émergeant de l’approfondissement des clivages politiques et stratégiques avec la guerre d’Irak de 2003 entre les deux côtés de l’Atlantique, les États-Unis et l’Europe, a aussi obligé la Turquie à réévaluer les grands piliers de son agenda transatlantique dans une approche de pragmatisme flexible. L’auteur constate que le nouvel activisme de la politique extérieure turque et son approche de sécurité différenciée a transformé la Turquie en un acteur transatlantique plus difficile qu'avant, lequel a commencé à évaluer les questions internationales à travers une stratégie de sécurité “catégorique” et “pragmatique”. La conclusion d’Emel Parlar Dal est qu’aujourd’hui, la particularité turque au Moyen-Orient constitue davantage un atout qu’un obstacle pour les intérêts de ses partenaires transatlantiques. Cependant, l’auteur souligne que cette valeur turque serait mieux exploitée si était mené à terme le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE et si les États-Unis renforçaient leur partenariat stratégique avec cette dernière.
Jean Marcou, Professeur à l’IEP de Grenoble, chercheur associé d’IFEA d’Istanbul étudie, quant à lui, dans son article intitulé “ La Politique
turque de voisinage” les pistes et les contextes du développement, les raisons d’être ainsi que les répercussions de cette nouvelle politique
de voisinage turque. Après avoir analysé séparément les politiques de voisinage d’Ankara avec ses voisins balkaniques, russes et caucasiens, arabes frontaliers ainsi qu’avec l’Iran, l’auteur explique les raisons de l’activisme turc dans son voisinage à travers la transformation des équilibres internationaux et le changement doctrinaire de la politique extérieure turque issu largement de ladite “néo-ottomanisme” comme le prétendent certains observateurs internationaux et turcs ainsi que du changement d’échelle du positionnement turc dû à la montée de sa puissance économique et diplomatique ces dernières années sur la scène internationale. Pour l’auteur, cette nouvelle politique de voisinage turque a été également formulée selon les aspirations de la politique intérieure turque ainsi que selon les exigences d’une “diplomatie publique”.
Sur un autre registre, Paul Kubicek, professeur de relations internationales à Oakland University aux États-Unis constate dans son article
« Overcoming the Deadlock in Turkish-EU Relations (Dépasser l'impasse dans les relations entre la Turquie et l’UE) » une évolution paradoxale dans les relations turco-europénnes qui a abouti à l’apparition d’un cercle vicieux fonctionnant contre le processus des réformes européennes amorcé dans le pays et qui a été largement alimenté par la montée des doutes des Turcs à propos de la mise en œuvre par l’UE du principe de conditionnalité même s’ils sortaient avec succès du processus des réformes. L’auteur analyse deux périodes consécutives de la période post-Helsinki, les périodes de 1999-2005 et de 2005-2009, afin de constater les différences entre les deux périodes en termes d’objectifs, de motivations et de priorités. Pour Paul Kubicek, vu l’installation d’une méfiance réciproque dans les relations entre la Turquie et l’UE depuis 2006, date où cette dernière a pris la décision d’interrompre partiellement avec la Turquie les négociations communautaires nouvellement démarrées, le rôle potentiel que l’UE pourrait jouer dans les relations turco-européennes est crucial dans le sens où les efforts de cette dernière aideront sans doute à dépasser les impasses existantes et à créer un « renouveau » dans le processus de négociation de la Turquie.
Le dernier article du premier numéro de ce volume, celui d’Alon Ben-Meir, professeur de relations internationales et des études moyen-orientales
à New York University, se penche sur la nature ambivalente de l’alliance israélo-turque d’aujourd’hui ainsi que sur les changements et les problèmes observés ces dernières années dans les relations bilatérales. Après avoir expliqué brièvement les mentalités nationales des deux pays ainsi que les malentendus vécus ces dernières années entre les deux pays, l’auteur étudie les principales raisons derrière la déception d’Israël envers la nouvelle politique extérieure turque qui est plus confiante et indépendante qu’auparavant. L’auteur constate que la mise en valeur du Moyen-Orient dans l’actuel agenda de politique extérieure turque s’est majoritairement fait au détriment des relations turco-israéliennes. D’après lui, là se trouve aujourd’hui le principal point de divergence entre Ankara et Tel Aviv. Cependant, dans son texte l’auteur, ne dessine pas un tableau pessimiste en soulignant l’importance de restaurer l’alliance stratégique turco-israélienne pour l’établissement de la paix et de la prospérité au Moyen-Orient.
Le deuxième numéro divisé en deux grands thèmes développés autour de deux axes principaux s’ouvre avec l’article de Selcen Öner intitulé
« Europeanization of Turkish Foreign Policy and Increasing Multi-dimensional Approach (Européanisation de la politique extérieure turque et montée de l’approche multidimensionnelle) » sous le grand titre de « Le “décalage” des réalités régionales complexes de la politique extérieure turque vers le Moyen-Orient, le Caucase, la Méditerranée et les Balkans». Dans son texte, Selcen Öner fait un bilan détaillé des nouveaux paradigmes de la politique extérieure turque de la dernière décennie (2000-2010). En mettant au cœur de son analyse les concepts de l’européanisation et de l’approche multidimensionnelle en dernier ressort, l’auteur analyse les facteurs de continuités et de changements, de même que le débat récent sur le changement d’axe de l’actuelle politique extérieure turque élaborée par le gouvernement AKP depuis 2002. La contribution d’Öner permettra aux lecteurs et lectrices de mieux comprendre les passages et les marges de la politique extérieure turque depuis la fin de la guerre froide. L’un des aspects les plus intéressants de l’article est son analyse multidimensionnelle de l’activisme de l’actuelle politique extérieure turque avec ses atouts et ses limites.
Le deuxième article de ce second numéro abordant la position ambivalente de la Turquie face à la Méditerrannée appartient à Ebru Ogurlu, chargée de cours à l’Université de Marmara. Dans son texte intitulé “Turkey: Caught between Europe and the Mediterranean (La Turquie: coincée entre l’Europe et la Méditerrannée)” l’auteur constate que la réticence turque envers toute initiative européenne concernant la Méditerrannée peut être expliquée majoritairement par le fait que tout projet méditerrannéen proposé par l’UE est généralement vu par Ankara comme un substitut à son éventuelle adhésion. Pour l’auteur, une évolution positive des relations turco-européennes et l’irréversibilité du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE joueront sans doute un rôle déterminant dans la participation active de la Turquie dans les nouveaux projets méditerrannéens de l’UE, tels que l’UfM lancée à l’initiative de la France en 2009. Cet article de l’auteur conclut qu’un engagement turc plus actif qu’avant en Méditerranée serait susceptible de créer un double effet : d’un côté, il pourrait créer une nouvelle dynamique et un momentum pour les relations turco-européennes dans l’impasse depuis 2006. D’un autre côté, un éventuel activisme turc en Méditerranée pourrait générer une valeur ajoutée au régionalisme de l’UE dans cette région en renforçant le soft power de cette dernière dans sa périphérie.
L’article d’Emre Ersen « Turkey and Russia: an emerging “strategic axis” in Eurasia? (La Turquie et la Russie : des axes stratégiques naissant au sein de l’Eurasia?)” offre aux lecteurs un autre aspect multidimensionnel de la politique extérieure turque formulée selon des équilibres régionaux changeants d’après-guerre froide. L’auteur dresse un bilan analytique des relations turco-russes depuis la dernière décennie en insistant davantage sur les paramètres du changement plus que sur les continuités dans les relations bilatérales. D’après l’auteur, l’actuel dynamique essor des relations turco-russes est essentiellement issu de l’émergence d’un dialogue diplomatique entre les deux pays ainsi que de la transition de la nature des relations bilatérales d’une rivalité géostratégique vers un partenariat stratégique. Après avoir exposé les étapes du rapprochement entre les deux pays depuis 2000 jusqu’ à aujourd’hui, l’auteur conclut que le pragmatisme, le changement de la conjoncture internationale après le 11 septembre ainsi que l’évolution des relations des deux pays avec les deux acteurs majeurs du système international, les États-Unis et l’UE, ont joué un rôle déterminant dans l’émergence d’un renouveau dans les relations turco-russes longtemps emprisonnées dans des différences idéologiques.
Un autre aspect du décalage des réalités régionales complexes de la politique extérieure turque vers les régions extra-européennes concerne la diplomatie énergétique d’Ankara et le potentiel rôle stratégique qu’elle peut jouer dans sa région en tant que ‘‘hub’’ énergétique, notamment entre ses alliés européens et ses voisins au Caucase et en Asie centrale. Dans son article “L’impossibilité du hub énergétique : la Turquie face aux limites de sa politique gazière”, Samuel Lussac, chercheur à Science Po Bordeaux analyse les potentialités et les limites du rôle stratégique que la Turquie pourrait jouer dans le domaine de l’énergie. L’auteur souligne dans sa contribution les principales motivations de la Turquie qui s’est engagée ces dernières années à devenir un hub pétrolier et gazier mais aussi les obstacles politiques, économiques et techniques qui empêchent cette dernière d’atteindre cet objectif. Pour Samuel Lussac, pour que l’objectif de devenir un hub gazier et pétrolier soit atteignable, la Turquie doit absolument assurer la sécurité militaire et politique des infrastructures de transport qui la traversent, établir un régime de transit fiable, non-discriminatoire et résoudre le problème d’engorgement de son réseau de transport intérieur. A la différence des travaux précédents sur la politique énergétique de la Turquie, l’auteur traite aussi dans son article des réticences du voisin de cette dernière, l’Azerbaïdjan, et de l’UE, à propos du rôle que jouera la Turquie dans le transport du gaz de la Caspienne.
L’article de David Rigoulet-Roze “Géopolitique des frontières européennes en cas d’adhésion de la Turquie contemporaine à l’Union européenne : une nouvelle « Question d’Orient » pour l’Europe versus l’émergence d’une forme de « néo-ottomanisme ?» quant à lui, étudie les conséquences géopolitiques d’une éventuelle entrée de la Turquie dans l’UE en termes de frontières et de la PESC. L’auteur s’interroge également dans son article pour savoir si une possible adhésion turque dans l’UE pourrait créer une nouvelle “Question d’Orient” pour l’Europe d’aujourd’hui et si le récent activisme de la politique extérieure turque susceptible de créer une tendance néo-ottomaniste dans l’actuelle diplomatie turque pourrait créer des effets négatifs sur la politique extérieure européenne, notamment dans ses périphéries. En considérant déjà la Turquie comme un partenaire privilégié “de facto et de jure” de l’UE, l’auteur constate que malgré l’existence de risques géopolitiques dans le voisinage sensible turc, la Turquie doit concilier son activisme régional, particulièrement au Moyen-Orient, avec sa politique européenne.
La seconde thématique du deuxième numéro porte sur le thème de “ Les effets transversaux et la politique extérieure turque: les acteurs économiques, le commerce extérieur et les médias”. L’article de Deniz Akagül intitulé “La politique étrangère et le commerce extérieur turcs : entre le volontarisme et la contrainte extérieure” constate que les idéologies politiques des gouvernements turcs jouent sans doute un rôle déterminant dans les choix de leurs politiques commerciales. D’après l’auteur, depuis la mise en œuvre d’une politique d’ouverture commerciale par le gouvernement d’Özal en 1980, on assiste à une diversification des partenaires économiques de la Turquie. En analysant également l’impact du récent activisme turc sur les choix économiques du pays, l’auteur tente de déterminer si la rationalité économique ou la rationalité politique réside derrière les choix économiques de la Turquie depuis la période d’Özal. L’auteur constate également dans son article que les orientations idéologiques des gouvernements turcs sont en fait révélatrices de l’aspect volontariste des politiques commerciales de ces derniers. Cependant, comme l’a noté Deniz Akagül, le volontarisme politique est toujours contraint par l’environnement international. Pour l’auteur, dans le contexte de l’actuelle politique extérieure basée sur le principe de « zéro problème avec les voisins », ce constat se justifie également car la réussite de la politique commerciale mise en œuvre dépend des intentions des voisins autant que de la volonté de la Turquie du fait que le développement des échanges régionaux est largement lié au potentiel économique des pays voisins.
L’article de la dernière thématique du deuxième volume de ce numéro est celui de Hüseyin Sevim qui porte sur le thème “Un regard sur l’implication des acteurs économiques dans l’élaboration de la politique européenne en Turquie: exclusion ou participation?”. L’auteur essaie de comprendre la nature des interactions entre l’État turc et les acteurs économiques nationaux dans le domaine de la politique étrangère, notamment dans le domaine de la politique européenne de la Turquie. Après avoir fait une brève analyse théorique de la politique extérieure turque afin de réaliser à quel point l’État turc tolère l’intervention des acteurs économiques dans un domaine qui leur est encore fermé, l’auteur se penche sur deux études de cas, le cas de la demande d’adhésion du 14 Avril 1987 et le cas de l’Union douanière, afin de mettre en lumière les positions des acteurs face à ces événements ainsi que leurs interactions avec l’État en s’appuyant sur des entretiens non directifs qui ont été conduits entre 2007 et 2009 dans trois groupes de pressions turcs: TÜSIAD, TOBB et MUSIAD. En dernier ressort, l’auteur conclut qu’aujourd’hui, l’État turc tient en considération les positions et les critiques des acteurs économiques concernant la gestion du dossier européen, à condition que celles-ci ne remettent pas en cause le microsystème bureaucratique existant.
L’article d’Eléonore Yasri-Labrique aborde “L’imaginaire turc de la France: un obstacle sur le chemin de la Turquie vers l’Europe ?”. Dans son article, elle constate que les représentations françaises sur la Turquie exercent une double fonction : d’une part, elles jouent leur rôle des représentations sociales face à une Turquie construite “menaçante” dans l’imagination des Français. D’autre part, elles contribuent à formuler le discours politique des dirigeants politiques français sur la Turquie. Dans son analyse, l’auteur utilise des extraits parus entre mai 2004 et mai 2005 dans les trois principaux quotidiens français, Le Monde, Libération et le Figaro, qui sont consacrés aux sondages d’opinion qui constituent des obstacles importants à la construction d’une nouvelle perception turque, non seulement en France mais aussi en Europe. D’après Eléonore Yasri-Labrique, les réticences à amarrer définitivement la Turquie à l’UE sont en grande partie d’ordre structurel, donc psychologiques, affectives, culturelles, représentationnelles. Admettant que les représentations interculturelles jouent un rôle important au cours des négociations communautaires de la Turquie, l’auteur conclut que l’entrée de la Turquie dans l’UE est avant tout un acte de parole et un non-événement. Cet interdiscours, qui d’après elle, refuse de faire confiance trop aux enquêtes d’opinion, font cependant apparaître un sentiment de menace que constitue pour la France et ses voisins européens l’altérité de la Turquie.
L’article de Belgin Bilge, chargée de cours à l’ISC PARIS, School of Management, aborde le thème de “l’impact des médias franco-turcs dans l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.” Après avoir fait un bref historique sur le processus de l’intégration de la Turquie dans la société d’information et sur l’impact de l’évolution médiatique sur les relations médiatiques et politiques en Turquie, l’auteur étudie la place des médias dans l’adhésion de la Turquie à l’UE et de quelle façon les citoyens turcs perçoivent l’UE et l’adhésion de la Turquie. D’après l’auteur, bien que les sondages d’opinion révèlent que deux tiers de la population turque est en faveur de l’union douanière, l’opinion publique turque reste la moins informée à l’égard de l’UE parmi les opinions publiques des autres pays européens. L’aspect le plus intéressant du travail de Belgin Bilge concerne la perception de l’image de la Turquie en France. L’auteur avance que aussi bien en France qu’en Turquie, l’information sur la Turquie est tellement manipulée et formatée qu’il faudrait absolument fixer de nouvelles règles déontologiques, politiques, culturelles et sociales pour que les journalistes contribuent à assurer la cohabitation franco-turque et qu’ils gèrent la « différence » entre les deux cultures.
Le dossier se boucle avec l’article de Ata Ayati chercheur en histoire, spécialiste des archives du Quai d’Orsay et du ministère de la guerre à Paris, qui nous livre cinq rapports inédits écrits entre 1945 et 1953 sur la relation entre la France et la Turquie. Ces rapports montrent que la relation entre deux pays, qui remonte à plusieurs siècles s’inscrit dans la continuité de l’héritage de la politique diplomatique entre les deux pays. Les intérêts de ces rapports résident dans le fait que les traits caractéristiques de la nation turque et l’évolution d’une politique « traditionnelle » entre la France et la Turquie sont mis en relief, sujets peu traités dans les travaux universitaires.