Si on se place du point de vue des représentations communautaires françaises à propos de la Turquie, on constate à tous les niveaux une oscillation entre la tentation européenne et le spectre ottoman. Malgré l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE le 3 octobre 2005, la question continue de se poser : qui sont ces Turcs qui « frappent à la porte de l’Europe » ? Placée sur les cartes géographiques entre Asie et Europe, sur l’échiquier politique entre kémalisme et islamisme, la Turquie moderne reste une terre fantasmée, dont l’image se nourrit des souvenirs de l’Empire ottoman. Ces représentations ont-elles encore un poids dans la balance des négociations ? Sans doute. Dans cette contribution, il s’agira pour nous de montrer en quoi les représentations françaises sur la Turquie ont non seulement assumé leurs fonctions de représentations sociales face à un objet jugé menaçant mais également influencé les décisions des responsables français, tous bords confondus. A travers certains extraits de la presse française parus entre mai 2004 et mai 2005 consacrés aux sondages d’opinion, nous examinerons ainsi quelques-uns des obstacles affectifs qui se sont dressés sur le cheminement turc vers l’Europe, avec des conséquences immédiates mais également des répercussions à l’heure actuelle.
At all levels of society French public opinion regarding Turkey sways between a desire for this country to join Europe and a fear of the Ottoman Specter. Although negotiations on Turkey’s quest to join the EU began several years ago (on October 3rd 2005), a fundamental question remains: “Who are these Turks knocking on Europe’s door?” Sandwiched between Asia and Europe, and caught in a political deadlock between Kemalism and Islamism, modern Turkey is shaped by memories of the Ottoman Empire. Yet these images of the past are unquestionably relevant to today’s negotiations.In this article we demonstrate how representations of Turkey in French society have fostered perceptions that Turkey is somehow threatening, and how these images have influenced the generally perplexing decisions made by French policy makers. Analyzing a series of news items devoted to opinion polls appearing in the French media between May 2004 and May 2005, we examine some of the psychological barriers facing Turkey on its road to Europe – barriers that today have direct consequences and impact on its European vocation.