C’est sur deux axes : l’un arabe et l’autre régional, que se situe l’Egypte. Il conviendrait d’ajouter deux autres dimensions à cette position privilégiée : l’islam et la Méditerranée.
Il est probable que l’option retenue par Napoléon, de choisir l’Egypte comme l’un des ses objectifs principaux dans la conquête de l’Orient, ait tenu compte, dans sa vision stratégique, de toutes ces considérations. Il convient de ne pas négliger pour autant d’autres calculs, comme celui, par exemple, de perturber la navigation sur la route de l’Inde, si chère à la Grande – Bretagne.
Dans son ouvrage, intitulé « La philosophie de la Révolution », publié à la suite des événements de 1952, le Président Gamal Abdel Nasser a bien dessiné les dimensions de ce pays et son environnement, par trois cercles : arabe, islamique et africain.
Si l’on considère que le cercle arabe, facteur d’identité reconnue, de même que l’est son appartenance religieuse, sa dimension continentale est également justifiée par son appartenance africaine. Mais n’est-elle pas également proche orientale ?
Il semble que Nasser ait négligé l’aspect méditerranéen de l’Egypte. Ce qui n’est pas le cas de certaines figures marquantes de l’élite égyptienne, comme le fameux écrivain Taha Hussein, qui a mis l’accent sur l’intérêt vital de ce lien, qui s’étend jusqu’à la partie septentrionale de la Méditerranée, c’est-à-dire jusqu’à l’Europe, d’où découleront les influences culturelles.
Nasser a-t-il voulu limiter l’identité culturelle de l’Egypte à son univers géographique réel ? Peut-être est-ce aussi en raison de la situation critique des années 50, celle de la libération des peuples du Tiers-monde de l’hégémonie coloniale représentée par la Grande-Bretagne, la France, et même la Belgique et la Hollande ? Ceci a-t-il poussé Nasser à garder ses distances à l’égard du Vieux Continent ?
C’est l’originalité de la position historique, géographique et culturelle de l’Egypte qui a excité les convoitises et a accru son importance. D’ailleurs, au cours de l’histoire, elle fut et restera le centre politique du monde arabo-musulman, autant vis-à-vis des Ommayyades que des Abbassides et de la Sublime Porte.
Même si sa position culturelle et politique, a connu des hauts et des bas, elle demeure une référence obligée pour l’Orient, dans les domaines de la pensée, de la littérature et de l’art.
C’est d’ailleurs grâce à son passé prestigieux, par le témoignage de sa civilisation incarnée par les pyramides, par exemple, que naîtra la Science de l’égyptologie.
Certes, au 19ème siècle, entre la conquête de Napoléon et l’occupation britannique qui l’a suivie, l’Egypte a connu un certain réveil, sous l’effet de l’influence de l’Europe, conduisant à un début de modernité et de développement.
Mais ce réveil ne fut pas un bouleversement comparable à celui qu’a connu le Japon, par exemple, à la même période
Le phénomène du développement de l’Egypte reste partiel, si on le compare à celui des pays régionaux voisins.
Ceci est une problématique difficile à interpréter par les seuls arguments politiques ou culturels.
Le passé de l’Egypte, riche sur le plan de la civilisation, est un fait historique et pourtant quels en sont les effets dans la modernité, comme ce fut le cas, par exemple, en Grèce, ou en Mésopotamie ?
EurOrient – Octobre 2002
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