Est-il vrai que seuls les rapports de forces sont appelés à d éterminer
le devenir de l’entité géopolitique d’une région tout entière et seraient susceptibles
de constituer un péril menaçant pour l’équilibre du monde ? Dans un ouvrage intitulé
« La Puissance et la Faiblesse » , le politologue Robert Kagan, proche de l’administration
américaine, s’exprime avec peu de complaisance et assez de clarté en ces termes : « Le droit
(international) est l’arme des faibles. » En somme, selon ce raisonnement, la guerre est-elle
la « meilleure » expression d’une puissance ayant atteint son apogée comme c’est le cas américain
? Est-ce la loi de la jungle ? La façon dont est traitée la question irakienne illustre la pratique
de la Real Politic des Etats-Unis au Moyen-Orient. Dès les années 1950, quelques-uns de ces fondements
ont été mis en œuvre sous diverses formes s’agissant soit de l’énergie pétrolière, soit de la sécurité
de l’allié israélien, soit d’écarter une puissance rivale, qui fut l’ex-URSS pendant quatre décennies.
Dans cette logique du plus fort, la vente et l’acheminement du pétrole doivent être assurés de gré
ou de force malgré la volonté du propriétaire de cette matière précieuse. On se souvient de la réponse
de l’Administration de Eisenhower lorsque les compagnies iraniennes de pétrole furent nationalisées en
1951 : le gouvernement du Dr Mossadegh, auteur de cette œuvre audacieuse, fut renversé par un coup d’état
militaire en 1953. De même, depuis 1967, date de la guerre-des-six jours, l’Etat hébreu aurait-il été menacé
? Certainement pas, au contraire, celui-ci n’aurait-il pas bénéficié de la bienveillance des Départements
américains successifs, et porté atteinte à la souveraineté de ses voisins arabes par une occupation pure
et simple de leurs territoires. Et n’est-ce pas Israël qui bafoue continuellement les droits du peuple
palestinien sur sa propre terre natale sous prétexte d’assurer sa propre sécurité ? Enfin quelle serait
éventuellement la puissance pouvant concurrencer les Etats-Unis dans cette région du monde ? L’Europe
ou la Chine dans un avenir proche ou lointain ? Dans cette stratégie géopolitique, l’Irak incarne
le maillon faible, l’occasion à ne pas manquer pour remodeler la carte moyenorientale, étant donné
que la page de Yalta, ainsi que l’ère de la guerre froide semblent appartenir au passé. Au XXIéme
siècle, serions-nous retombés dans certain néo-colonialisme par une intervention militaire directe
ou simplement par la menace de l’usage de celle-ci, comme ce fut le cas de la « vieille Europe »
du XIXème et du XXème siècle ? Mais l’Amérique, tout compte fait, n’est-elle pas le produit ou
même le sous-produit de cette « vieille » puissance qui tente peut-être vainement de raisonner
elle qui est devenue un géant se voulant unique sur le plan planétaire ?
EurOrient Paris- Février 2003
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