n°13-2003: Le Moyen-Orient en question

Point de vue

Est-il vrai que seuls les rapports de forces sont appelés à d éterminer le devenir de l’entité géopolitique d’une région tout entière et seraient susceptibles de constituer un péril menaçant pour l’équilibre du monde ? Dans un ouvrage intitulé « La Puissance et la Faiblesse » , le politologue Robert Kagan, proche de l’administration américaine, s’exprime avec peu de complaisance et assez de clarté en ces termes : « Le droit (international) est l’arme des faibles. » En somme, selon ce raisonnement, la guerre est-elle la « meilleure » expression d’une puissance ayant atteint son apogée comme c’est le cas américain ? Est-ce la loi de la jungle ? La façon dont est traitée la question irakienne illustre la pratique de la Real Politic des Etats-Unis au Moyen-Orient. Dès les années 1950, quelques-uns de ces fondements ont été mis en œuvre sous diverses formes s’agissant soit de l’énergie pétrolière, soit de la sécurité de l’allié israélien, soit d’écarter une puissance rivale, qui fut l’ex-URSS pendant quatre décennies. Dans cette logique du plus fort, la vente et l’acheminement du pétrole doivent être assurés de gré ou de force malgré la volonté du propriétaire de cette matière précieuse. On se souvient de la réponse de l’Administration de Eisenhower lorsque les compagnies iraniennes de pétrole furent nationalisées en 1951 : le gouvernement du Dr Mossadegh, auteur de cette œuvre audacieuse, fut renversé par un coup d’état militaire en 1953. De même, depuis 1967, date de la guerre-des-six jours, l’Etat hébreu aurait-il été menacé ? Certainement pas, au contraire, celui-ci n’aurait-il pas bénéficié de la bienveillance des Départements américains successifs, et porté atteinte à la souveraineté de ses voisins arabes par une occupation pure et simple de leurs territoires. Et n’est-ce pas Israël qui bafoue continuellement les droits du peuple palestinien sur sa propre terre natale sous prétexte d’assurer sa propre sécurité ? Enfin quelle serait éventuellement la puissance pouvant concurrencer les Etats-Unis dans cette région du monde ? L’Europe ou la Chine dans un avenir proche ou lointain ? Dans cette stratégie géopolitique, l’Irak incarne le maillon faible, l’occasion à ne pas manquer pour remodeler la carte moyenorientale, étant donné que la page de Yalta, ainsi que l’ère de la guerre froide semblent appartenir au passé. Au XXIéme siècle, serions-nous retombés dans certain néo-colonialisme par une intervention militaire directe ou simplement par la menace de l’usage de celle-ci, comme ce fut le cas de la « vieille Europe » du XIXème et du XXème siècle ? Mais l’Amérique, tout compte fait, n’est-elle pas le produit ou même le sous-produit de cette « vieille » puissance qui tente peut-être vainement de raisonner elle qui est devenue un géant se voulant unique sur le plan planétaire ?
EurOrient Paris- Février 2003

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