N°-16-2004 L’Occidentalisme : phobies ou fascinations ?

Point de vue

Si l’orientalisme, en tant que domaine d’études destiné à connaître l’ « Autre », est entré dans le circuit culturel depuis le XIXème siècle, l’occidentalisme, en revanche, est une science nouvelle qui tente, aujourd’hui, de se faire connaître. L’occidentalisme n’est d’ailleurs pas nécessairement une opposition à l’orientalisme. Il ne se limite pas à la sphère arabo-islamique et s’étend à bien d’autres espaces, comme le Japon, par exemple . Une telle science a, certes, été connue chez les Arabes musulmans au Moyen Age, à l’époque de leur prospérité culturelle, par le côtoiement de la pensée grecque, notamment sa philosophie ; mais elle a disparu au cours d’une crise de civilisation, après la chute de Bagdad (1258). En fait, c’est récemment et grâce à l’Egyptien Hassan Hanafi que ce domaine de savoir a fait son chemin depuis une bonne décennie . Il situe le mécanisme de l’occidentalisme en fonction du rapport de forces entre ces civilisations qui opposent les deux mondes. S’agissant de ces liens controversés, le problème qui se pose est celui d’admettre ou non la suprématie occidentale, devenue l’axe du progrès mondial, et d’en tirer les conséquences. Autrement dit, cette suprématie présente-t-elle un intérêt réel pour la partie la moins forte; est-ce pour elle, une fatalité irréversible ? Depuis le démarrage, de la « Nahada » (éveil) au cours du XIXème siècle, sous l’effet de la campagne d’Egypte menée par Bonaparte, le monde islamique sur la défensive, est partagé entre deux options : doit-il s’appuyer sur son passé glorieux, servant de modèle identitaire, sans pour autant pouvoir dissimuler une certaine fascination ? Ou bien, doit-il épouser, tout simplement, la modernité européenne ? Or un certain rattrapage reste toujours à l’horizon lointain dans la mesure où le retard, voire même le déclin, est là. Ces thèses ou options, sont –elles recevables ? Ne conviendrait-il pas plutôt de rechercher une autre voie, plus cohérente, alors que les idéologies nationalistes et modernistes sont dans l’impasse, laissant la place au fondamentalisme qui s’impose par le discours et la violence sur la scène politique et sociale ? Par son sens prononcé mais intransigeant de l’histoire et de son patrimoine, l’esprit de cette tendance idéologique est obsédé par une image de l’Occident, lié à une certaine phobie, ignorant ou ne tenant aucun compte des facteurs internes propres au déclin islamique. L’occidentalisme est un vaste chantier aux significations multiples dépassant la sphère d’une pensée unique déterminée. Il tire parfois même son inspiration de certaines idéologies européennes, telles que le nazisme ou le fascisme qui luttèrent contre, selon eux, la « décadence » d’un Occident immoral et matérialiste . C’est pourquoi il est difficile de limiter, ce que l’on appelle « l’occidentalisme », à une seule définition. Il existe une fascination vague et irréfléchie de l’ « Autre », susceptible de créer un sentiment d’aliénation, une certaine phobie latente. Or cette hostilité dépasse l’étendue du droit à l’autodétermination, du rejet de l’hégémonie de l’autre et ne se justifie plus. L’Orient ne peut –il envisager de rechercher une libération totale de ce fardeau obsessionnel et de reconnaître l’Occident tel qu’il est, et pourquoi pas, de reconnaître enfin sa suprématie, sans état d’âme ? En effet, il convient de mieux raisonner afin de mieux gérer le mécanisme des rapports de forces avec cet Occident.
EurOrient – Mars 2004

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