N°-17:Les Petro-dynasties du Golfe : Vrais ou faux dragons.

Point de vue

Le golfe persique s’étend sur 250.00km2, soit le 300ème de la surface totale de l’océan Indien. Là, se situent trois grandes entités géopolitiques, riveraines mais concurrentes : l’Irak mésopotamien, l’Iran des Perses et la Péninsule Arabique. Ce Golfe, comme le décrit Charles Zorgbibe , est un tremplin de l’Islam, avant de devenir sa plus vive déchirure et son plus profond clivage. La grande Arabie est pourvue d’un potentiel multiple. Elle réunit à présent le Royaume Saoudien et ses satellites dynastiques. Mais elle dépasse la sphère d’un simple réservoir de l’or noir. Sur le plan historique, elle fut en effet, le berceau de la culture des Arabes pré et surtout post-islamique, où se situent les Lieux Saints : la Mecque et Médine. C’est ici que se concentre la mémoire collective de plus d’un milliard d’hommes, dispersés sur plusieurs continents. Sur le plan géostratégique, cette m^me Péninsule est baignée par trois espaces maritimes : la Mer Rouge, la Mer d’Oman et bien évidement le Golfe persique. Mais, il conviendrait de relativiser ce qui semblerait être les points forts de cette zone du monde. En premier lieu, la manne pétrolière est a priori gigantesque, soit plus d’un quart des réserves d’hydrocarbures du globe. Et pourtant, sait-on que cette fameuse richesse, s’élevant à 27,8 millions de dollars en 1973-1974, lors du premier boom pétrolier, ne représentait en réalité que la moitié du bilan d’une seule banque américaine, la « Bank of America » qui était alors de 54,4 millions de dollars ? Concernant la garde des Lieux Saints, il est curieux d’observer qu’une seule famille est détentrice de cette mission, bénéficiant du seul fait d’être natifs de cette terre. La crédibilité de ce privilège demeure discutable : ne conviendrait-il pas plutôt de confier cette responsabilité à un « conseil consultatif », représentatif de la Umma, arabe. Car les Saoud, comme d’ailleurs leurs prédécesseurs les Hachémites, ont ébranlé eux-mêmes ce titre de « Gardiens » des lieux sacrés, en passant des alliances avec des puissances étrangères, au détriment de la volonté de la communauté des croyants. Les seconds, en effet ont contribué au démantèlement de l’Empire ottoman en 1916 par l’alliance avec la Grande Bretagne et conduisant à la création de quelques pseudo Etats-nations au Proche et Moyen-Orient. Quant aux premiers, ils se sont alliés aux Etats-Unis par des accords qui perdurent, et qui se sont concrétisés en 1945 lors d’une rencontre entre le fondateur du Royaume : Ibn Saoud et le Président américain Th. Roosevelt, sur un bateau en Mer Rouge, accordant à ce dernier le monopole de l’exploitation du pétrole. S’agissant des trois voies maritimes entourant la Péninsule Arabique, qui se voudraient être un atout favorable et un lieu de détente, elles se sont en fait, transformées en une zone de tension, inflammables à tout moment, par la forte présence militaire américaine. Ceci a été prouvé par les deux dernières guerres du Golfe, déclenchées précisément depuis cette zone en 1991 et 2003 et aboutissant à la destruction de l’Irak mésopotamien. Il est d’ailleurs paradoxal que, à une époque où un regroupement arabe eut été souhaitable pour maintenir l’ordre et la souveraineté nationale, les entités de la Péninsule aient profité de l’affrontement de deux géants du Golfe, l’Iran et l’Irak, en 1980, pour lancer en 1981 un projet rassemblant les six pays de la grande arabie. Outre le Royaume Saoudien, le Koweït, Oman, le Qatar et les Emirats arabes unis, se sont regroupés sous le nom de « Conseil de Coopération du Golfe », tout en écartant et le Yémen et les deux grands pays riverains qui sont l’Iran et l’Irak, comme si ces trois pays n’appartenaient pas au Golfe. A quoi sert donc ce « C.C.G. » ? Ce qui est sûr, c’est que la question de cette zone tumultueuse est ouverte, comme l’est d’ailleurs celle du Proche et Moyen-Orient ; en témoignent les données de la question irakienne.

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