n°21–2006:Le Soufisme L’esprit de l’islam mystique

Point de vue

Au cours de sa genèse, le monde de l’islam a été parcouru et politique par des mouvements et de sectes où croyance, idéologie et politique se sont côtoyées. La nation des croyants, ou Umma, connut une scission en deux principaux blocs, dès son origine, le sunnisme et le chiisme. Or, au sein de cette même terre d’islam, une sorte de société secrète a pris forme. Un groupe élitiste à tendance rigoriste, appelé sousfisme, d’inspiration mystique, s’imposa à la vie sociale et confessionnelle. Comment définir ce soufisme ? Comment le note Dominique Sourdel « Il n’y a pas de vie religieuse sans un état de tension entre les tendances opposées. L’Islam, religion juridique, ne fut vivant qu’autant que s'y mêlèrent l’intériorisation du sentiment religieux, menant parfois jusqu’à l’extase et l’exercice de la réflexion philosophique mystique. Se développant en marge de la Loi, parfois contre elle, soufisme et philosophes n’en sont pas moins des éléments actifs et féconds ». Mais où situer ce mouvement rigoriste mystique, qui vit en retrait de la société, sans pour autant atteindre le niveau d’une vie tout à fait monastique, que rejette d’ailleurs l’islam, si l’on se réfère à une parole du Prophète ? Cette pensée soufiste est la marque d’esprits spiritualisées, portés par un amour absolu et passionnel liant la créature humaine à son créateur. Si ce mouvement gagne du terrain dès les premiers siècles de l’islam tant en Orient qu’en Occident, il est difficile de lui attribuer une quelconque idéologie définie qu’elle s oit pour ou contre le pouvoir califal. Cependant, quelques figues emblématiques de cette philosophie perdirent la vie pour cause d’hérésie, dit-on. Parmi ces victimes aimants de Dieu, se trouve le plus célèbre martyre, Halladj, exécuté à Bagdad en 922, ou bien le jeune Suhrawwardi, philosophe, exécuté à Alep en 1191 à l’âge de 36 ans. Enfin, Ibn al Arabie, l’Andalou, mourant à Damas en 1240 et son tombeau est toujours vénéré. En effet, ce groupe d'élite, formant tantôt un ensemble culturel à part entière, tantôt se confondant avec les ermites rigoristes motazélites à tendance rationaliste du 8ème siècle, dérangeaient le pouvoir qui incarnait à tort ou à raison, le dogme religieux. Face à un malaise certain qui a subsisté au sein de l’univers social, politique et religieux, ces intellectuels se seraient réfugiés dans un exil intérieur, en s’inventant un langage littéraire spécifique à l’amour divin. Malgré quelques dérives dues à un malentendu sur la véritable essence initiale du soufisme, qui donnèrent naissance à des mouvements à tendances sectaires, le sens même de ce mysticisme n’en demeure pas moins en enrichissement substantiel de la culture islamique.
EurOrient-Paris, Avril 2006

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