Au cours de sa genèse, le monde de l’islam a été
parcouru et politique par des mouvements et de sectes
où croyance, idéologie et politique se sont côtoyées.
La nation des croyants, ou Umma, connut une scission en
deux principaux blocs, dès son origine, le sunnisme et le chiisme.
Or, au sein de cette même terre d’islam, une sorte de
société secrète a pris forme. Un groupe élitiste à
tendance rigoriste, appelé sousfisme, d’inspiration mystique,
s’imposa à la vie sociale et confessionnelle.
Comment définir ce soufisme ?
Comment le note Dominique Sourdel « Il n’y a pas de vie
religieuse sans un état de tension entre les tendances opposées.
L’Islam, religion juridique, ne fut vivant qu’autant que s'y mêlèrent
l’intériorisation du sentiment religieux, menant parfois jusqu’à l’extase
et l’exercice de la réflexion philosophique mystique. Se développant en
marge de la Loi, parfois contre elle, soufisme et philosophes n’en sont
pas moins des éléments actifs et féconds ».
Mais où situer ce mouvement rigoriste mystique, qui vit en
retrait de la société, sans pour autant atteindre le niveau
d’une vie tout à fait monastique, que rejette d’ailleurs
l’islam, si l’on se réfère à une parole du Prophète ?
Cette pensée soufiste est la marque d’esprits spiritualisées,
portés par un amour absolu et passionnel liant la créature
humaine à son créateur.
Si ce mouvement gagne du terrain dès les premiers siècles
de l’islam tant en Orient qu’en Occident, il est difficile
de lui attribuer une quelconque idéologie définie qu’elle s
oit pour ou contre le pouvoir califal.
Cependant, quelques figues emblématiques de cette
philosophie perdirent la vie pour cause d’hérésie,
dit-on. Parmi ces victimes aimants de Dieu, se
trouve le plus célèbre martyre, Halladj, exécuté à
Bagdad en 922, ou bien le jeune Suhrawwardi, philosophe,
exécuté à Alep en 1191 à l’âge de 36 ans. Enfin, Ibn al Arabie,
l’Andalou, mourant à Damas en 1240 et son tombeau est toujours
vénéré. En effet, ce groupe d'élite, formant tantôt un ensemble culturel
à part entière, tantôt se confondant avec les ermites rigoristes
motazélites à tendance rationaliste du 8ème siècle, dérangeaient
le pouvoir qui incarnait à tort ou à raison, le dogme religieux.
Face à un malaise certain qui a subsisté au sein de l’univers social,
politique et religieux, ces intellectuels se seraient réfugiés dans un
exil intérieur, en s’inventant un langage littéraire spécifique à l’amour divin.
Malgré quelques dérives dues à un malentendu sur la véritable essence
initiale du soufisme, qui donnèrent naissance à des mouvements à
tendances sectaires, le sens même de ce mysticisme n’en demeure
pas moins en enrichissement substantiel de la culture islamique.
EurOrient-Paris, Avril 2006
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