Depuis au moins un demi-siècle, la plupart des pays du Proche et
Moyen-Orient, devenus indépendants, n’ont guère connu une stabilité favorable à la création d’un Etat-nation.
En effet, à peine sortis des cendres de la période des deux guerres mondiales, les vainqueurs imposèrent une partition arbitraire à une partie de globe, sans que les conditions des fondements, nécessaires à un Etat-nation, ne soient réunies.
L’éloignement progressif des deux empires,
l’un britannique, l’autre français, n’a pas laissé à cette
partie de l’Orient, le temps de décider de son destin, car de nouvelles puissances, les Etats-Unis, mais aussi l’Union soviétique ont pris le relais pour combler un vide, tout en rivalisant sur le plan stratégique pour asseoir leur pouvoir et donner naissance à « la guerre froide ».
Chacun recherche à constituer une sphère d’influence par
le biais d’alliés régionaux, dont l’avantage en reviendra à
l’Amérique qui favorisera son protégé privilégié : Israël, au détriment de l’ensemble des Arabes. Ceci sera illustré, notamment en 1967, par la guerre des Six- Jours.
Depuis lors, toute tentative d’apaisement ou de réconciliation,
dans cette partie du monde ultrasensible, qui aurait pu engendrer
une mutation et générer la prospérité, n’a pas abouti.
Certes, certains facteurs internes, peu compatibles avec
l’esprit d’un Etat-nation moderne, tels que l’hétérogénéité de
la société, un esprit clanique, ou une diversité ethnique
et confessionnelle, ont participé à freiner le progrès.
Mais d’autres facteurs, extérieurs, eux, ont contrarié une
libération déjà précaire.
En effet, bien que l’on puisse compter sur une manne
énergétique capitale, dans cette région, qui aurait pu
entraîner un développement global en la rendant autosuffisante,
celle-ci a attisé de nombreuses convoitises, plus particulièrement
de la part des grandes puissances.
Soit ouvertement, soit indirectement les Américains ont
fait une incursion massive dans cette zone de diverses façons :
par un droit de regard sur les puits de pétrole, par une implication
dans le conflit israélo-palestinien, de façon arbitraire,
en favorisant inconditionnellement l’Etat hébreu ou bien en
y imposant son hégémonie unilatéralement, surtout depuis
le démembrement de l’Empire soviétique.
En poursuivant leur course à un certain néo-maccarthysme,
et en désignant un nouvel adversaire incarné par une islamité
radicale violente, les Etats-Unis amplifieront ultérieurement
leur présence à visage découvert en envahissant purement et
simplement l’Irak, en 2003, entraînant les conséquences tragiques
connues.
Quelle issue peut espérer ce Proche et Moyen-Orient, en quête
d’une identité, et surtout d’une stabilité ou même d’une
prospérité lui permettant de maîtriser son destin sans parrainage ?
Les peuples de cette partie du monde sont-ils aptes à transformer
l’équation d’un soi-disant « choc des civilisations » en une
volonté de puissance et d’indépendance?
A moins que le sort de ces peuples ne soit le fait de ce que
l’Algérien Malek Bennabi a déjà évoqué il y a un demi-siècle,
que le colonialisme suppose a priori, une « colonisabilité ».
EurOrient
Paris, septembre 2006
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