n°22–2006: Le mal oriental : Atouts stériles ou fertiles ?

Point de vue

Depuis au moins un demi-siècle, la plupart des pays du Proche et Moyen-Orient, devenus indépendants, n’ont guère connu une stabilité favorable à la création d’un Etat-nation. En effet, à peine sortis des cendres de la période des deux guerres mondiales, les vainqueurs imposèrent une partition arbitraire à une partie de globe, sans que les conditions des fondements, nécessaires à un Etat-nation, ne soient réunies. L’éloignement progressif des deux empires, l’un britannique, l’autre français, n’a pas laissé à cette partie de l’Orient, le temps de décider de son destin, car de nouvelles puissances, les Etats-Unis, mais aussi l’Union soviétique ont pris le relais pour combler un vide, tout en rivalisant sur le plan stratégique pour asseoir leur pouvoir et donner naissance à « la guerre froide ». Chacun recherche à constituer une sphère d’influence par le biais d’alliés régionaux, dont l’avantage en reviendra à l’Amérique qui favorisera son protégé privilégié : Israël, au détriment de l’ensemble des Arabes. Ceci sera illustré, notamment en 1967, par la guerre des Six- Jours. Depuis lors, toute tentative d’apaisement ou de réconciliation, dans cette partie du monde ultrasensible, qui aurait pu engendrer une mutation et générer la prospérité, n’a pas abouti. Certes, certains facteurs internes, peu compatibles avec l’esprit d’un Etat-nation moderne, tels que l’hétérogénéité de la société, un esprit clanique, ou une diversité ethnique et confessionnelle, ont participé à freiner le progrès. Mais d’autres facteurs, extérieurs, eux, ont contrarié une libération déjà précaire. En effet, bien que l’on puisse compter sur une manne énergétique capitale, dans cette région, qui aurait pu entraîner un développement global en la rendant autosuffisante, celle-ci a attisé de nombreuses convoitises, plus particulièrement de la part des grandes puissances. Soit ouvertement, soit indirectement les Américains ont fait une incursion massive dans cette zone de diverses façons : par un droit de regard sur les puits de pétrole, par une implication dans le conflit israélo-palestinien, de façon arbitraire, en favorisant inconditionnellement l’Etat hébreu ou bien en y imposant son hégémonie unilatéralement, surtout depuis le démembrement de l’Empire soviétique. En poursuivant leur course à un certain néo-maccarthysme, et en désignant un nouvel adversaire incarné par une islamité radicale violente, les Etats-Unis amplifieront ultérieurement leur présence à visage découvert en envahissant purement et simplement l’Irak, en 2003, entraînant les conséquences tragiques connues. Quelle issue peut espérer ce Proche et Moyen-Orient, en quête d’une identité, et surtout d’une stabilité ou même d’une prospérité lui permettant de maîtriser son destin sans parrainage ? Les peuples de cette partie du monde sont-ils aptes à transformer l’équation d’un soi-disant « choc des civilisations » en une volonté de puissance et d’indépendance? A moins que le sort de ces peuples ne soit le fait de ce que l’Algérien Malek Bennabi a déjà évoqué il y a un demi-siècle, que le colonialisme suppose a priori, une « colonisabilité ».
EurOrient Paris, septembre 2006

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