n°25–2007 Le devenir nucléaire au Moyen-Orient: Quel arbitrage?

Point de vue

L’accès au nucléaire demeure un thème de controverse. En effet, tout candidat à l’adhésion de ce club se doit de posséder un certificat de « bonne conduite », délivré non seulement par l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), mais aussi par les Grands de ce monde. Quelle est donc la ligne de démarcation distinguant l’énergie civile, en principe légale, de l’énergie militaire, licite pour les uns, illicite pour d’autres. Concernant l’Orient dans son ensemble, il est peu raisonnable de parler de discrimination à l’encontre du monde islamique. Le Pakistan, un Etat essentiellement fondé sur des piliers religieux, n’a-t-il pas eu accès à cette arme ultime ? Mais si le Moyen-Orient, une poudrière pour beaucoup, subit un contrôle paraissant à certains arbitraires, n’est-ce pas en raison de l’interminable conflit arabo-israélien, qui en serait la cause majeure voire déterminante ? Il est certes concevable qu’une petite entité géographique telle qu’Israël, entourée de voisins arabes hostiles et fondée dans des conditions historiques ambiguës, sujettes à contestations, soit soucieuse, jusqu’à l’obsession, de sa sécurité. C’est d’ailleurs pour répondre à ce souci sécuritaire que l’Etat hébreu est devenu très tôt une puissance nucléaire inavouée, sans jamais avoir voulu adhérer à l’AIEA. Mais à quoi lui sert cette option ? Militairement, cet Etat est depuis longtemps suffisamment puissant pour gagner les guerres successives contre l’Orient arabe, depuis 1948, par la voie conventionnelle et cela, malgré un déséquilibre flagrant tant géographique, que démographique. Et quelle protection réelle cette arme lui a-t-elle apportée pour garantir sa sûreté, quand on se rappelle les missiles irakiens qui ont touché le pays en 1991 et plus récemment, les skuds lancés depuis le Liban en 2006 ? C’est précisément le phénomène israélien qui incita quelques Etats de cette zone ultra-stratégique de la planète à tenter d’obtenir ce type d’énergie à double tranchant civil et militaire. Ce fut le cas de l’Egypte nassérienne, avant la défaite de 1967, de l’Irak des années 1970 et enfin de l’Iran, avant et après la révolution de 1979. Mais si l’Iran, comme d’ailleurs Israël, tente de dissimuler son objectif de nucléarisation, il présente des caractéristiques très différentes, car il est une réelle puissance régionale par l’étendue de son territoire, par sa démographie et par ses ressources agricoles et énergétiques. Dans ce cas, il est permis de se demander quel intérêt a-t-il à se nucléariser, si ce n’est celui de devenir un acteur régional majeur, inattaquable, s’étendant du Golfe à la Méditerranée. Concernant le débat sur cette prolifération nucléaire au Moyen-Orient, ne s’agirait-il pas plutôt de relativiser la portée de l’AIEA ? En effet, Israël, non-signataire, est nucléarisé et l’Iran, signataire ou peut-être d’autres à l’avenir, sont, eux, candidats à ce même objectif de nucléarisation.
EurOrient Paris, Octobre 2007

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