n°26–2008 L’Iran paradoxal:Un péril ou en péril? Dogmes et enjeux régionaux

Point de vue

Le destin de l’Iran serait-il lié à celui de l’Orient arabe ? Depuis plusieurs décennies, de nombreux événements ont jalonné le cours de l’histoire,illustrant leurs destins croisés. C’est probablement leur proximité géographique et leur côtoiement historico-culturel qui ont influencé un tel destin, mais sans qu’il y ait pour autant interaction absolue. Une étape décisive dans les péripéties de l’histoire contemporaine est celle de la révolution iranienne de 1979, dite islamique ou laïco-cléricale. Cependant, l’exportation de son idéologie qui, curieusement, n’a pas affecté les confins orientaux comme l’Afghanistan et le Pakistan ou septentrionaux comme la Turquie, mais a visé les pays arabes situés à l’Ouest, à l’instar de l’Irak, et les Etats pétro-dynastiques du Golfe, n’a rencontré qu’un écho limité. Le premier acte du déroulement de ces événements est le face-à-face meurtrier de la guerre Iran-Irak. L’Irak se voulait, d’une part, être à l’avant-garde d’un arabisme moyen-oriental de type prussien et d’autre part se prémunir d’un soulèvement communautariste chiite éventuel à l’intérieur du pays. Or cette guerre coûteuse a montré que l’Iran n’a pu attirer la sympathie des Irakiens chiites attachés à leur identité irakienne et arabe, ni entraîné la révolte des Arabes du Sud-Ouest de l’Iran, hostiles à l’invasion des troupes irakiennes. Les identités nationales ne se sont pas fragmentées au cours du conflit. Deuxième acte : cette crise n’a guère attisé le panarabisme, qui aurait dû favoriser la victoire d’un Irak puissant. L’exportation de la révolution iranienne, quant à elle, a connu un revers cinglant, notamment dans le monde arabe. Les autorités cléricales et les acteurs du système politique iranien ont commencé à examiner les conséquences de cet échec. Cette analyse a abouti ultérieurement à une prise de conscience favorable à l’essor du courant réformateur au sein de l’appareil étatique, qui se concrétise par l’élection de Mohammad Khatami à la Présidence du pays (1997 – 2005). Il convient de noter qu’une certaine liberté d’opinion ainsi que l’émergence d’une société civile ont émergé en Iran, malgré l’opposition du courant radical. Troisième acte : ce libéralisme naissant qui tente, non sans peine, de marquer son territoire, connaît un net recul, avec le retour et le renforcement de l’aile dure du régime. En effet, quelques événements majeurs stimulent le radicalisme iranien et ses ambitions au plan régional, dans le Golfe, comme en Méditerranée : - L’invasion américaine, en 2003, de l’Irak, constitue un atout pour l’espace vital de Téhéran, car l’Iran peut, entre autres, exacerber le communautariste chiite et peser sur la stabilisation du pays. - La semi-victoire que remporte le Hezbollah pro-iranien au Liban, face à Israël en 2006, offre à la République islamique une position stratégique dans la résolution de l’interminable conflit palestinien, axe des tensions au Proche et Moyen-Orient. - La victoire électorale du Hamas (organisation du militantisme islamique), en Palestine, en 2006, suivie par son coup de force dans la bande de Gaza, semble valider l’existence d’un axe Téhéran – Damas –Hezbollah – Hamas. Ces soubresauts régionaux consolident la position du pouvoir iranien. Avec à sa tête un Président impulsif, le pouvoir se durcit sur le dossier nucléaire, qui demeure au centre de toutes les spéculations, malgré les réserves avancées par le rapport des services américains de renseignement, divulgué en décembre 2007. En tout état de cause, il existe dorénavant, selon le calendrier occidental, une « question iranienne » comme il y avait précédemment une « question irakienne » ! Et bien avant elles, la « question orientale » au XIXème siècle. Iran en péril, ou péril iranien ? La réponse serait-elle shakespearienne ?
EurOrient  Paris, février 2008.

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