Dans une récente étude de réflexion portant sur l’avenir de l’Europe , la Turquie serait susceptible d’être admise au sein de la Communauté européenne, vers l’an 2000. A la lecture de ce texte , il semblerait que cette admission reposerait davantage sur des rapports de force, sans être pour autant l’aboutissement d’une pure conviction.
Si la candidature de ce pays reste en suspens, c’est parce que cette adhésion devait répondre à certains critères, tels que, par exemple : un grand élargissement de «l’Union plurielle » qui passerait de quinze à une quarantaine de pays d’ici à l’an 2000, la Turquie n’arriverait qu’en dernière position, après la Russie. D’après ce rapport, le risque d’une « radicalisation de l’islam au sud-est de l’Union » pourrait être évitée. En fait, si le facteur religieux n’a été que très peu évoqué jusqu’alors, comme étant un tabou, il deviendra ultérieurement l’objet d’un débat.. Quant à l’objection exprimée par la Grèce, peut-être n’est-elle qu’un obstacle parmi d’autres, sans en être l’essentiel.
A vrai dire, outre la religion, ce sont des concepts tels que la culture, l’économie ou le système politique qui, selon l’Europe, rendent ce pays inapte à rejoindre le cortège des nations du Vieux Continent. Car, comme tout regroupement attaché à son homogénéité, il semble bien que cette entité veuille tenir à l’écart la Turquie en quête d’un rattachement dont la volonté est unilatérale.
Revendiquant une certaine occidentalisation, certes complexe et à double tranchant, l’Etat Kémaliste a instauré, dès les années vingt, une forme de laïcisation autoritaire et imposée, de même qu’une latinisation de l’alphabet. Cet Etat estimait alors que son entrée dans l’ère de la modernisation était acquise. En outre, son alliance militaire avec l’Occident était censée favoriser la transformation d’un pays oriental par excellence, en un pays européanisé !
Or, au-delà d’une vocation « européiste », la modernité semble plutôt être un ensemble de données liées à l’esprit de la Cité, incarné par un enchaînement de progrès évolutifs fondés sur une certaine culture.
Quant à l’importation de quelques concepts préfabriqués tels que le pluralisme « politicard », plaçant le multipartisme au-dessus d’une véritable liberté d’expression et une sécularisme limité à un système « laïcard », cette importation n’a pas été concluante.
Si l’Europe a ses raisons de laisser la Turquie faire antichambre, celle-ci, quant à elle, est impliquée dans un processus de trouble identitaire. Car, éprouver le désir de devenir ce que l’on n’est pas ou bien, avoir le souci d’imiter autrui, nécessite talent et compétence. Mais, si un décalage entre deux univers est constaté, ne convient-il pas de s’imposer un rattrapage, à supposer que l’on en ait les moyens.
EurOrient, Paris, septembre 1999.
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