Cette terre, appelée « la Palestine », est-elle divisible entre deux peuples, deux nations, alors qu’elle est revendiquée, du moins officieusement, autant par les uns que par les autres ? De même, comment la partager en deux entités géopolitiques, c’est-à-dire en deux Etats souverains ?
Après environ un demi-siècle de discordes, suivi d’un demi-siècle de conflits, les discours ont été de part et d’autre, longtemps catégoriques voire même diamétralement opposés : « Une terre promise » pour les Sionistes, « Une terre palestinienne usurpée » pour les Arabes.
Une question se pose et même s’impose : pourquoi est acceptée à présent une situation qui, il y a plus de cinquante ans, a été rejetée par les deux protagonistes ? En effet, en 1947, une décision de l’O.N.U. avait projeté la création de deux Etats voisins : l’un juif, l’autre palestinien ; ce qui aurait pu éviter une série de guerres coûteuses et meurtrières. Or, l’intransigeance l’a emporté sur la raison.
S’il est souvent reproché aux Arabes d’avoir rejeté le projet, qui d’ailleurs s’appuyait sur une légitimité internationale, il est moins connu que le mouvement sioniste, pour sa part, s’était farouchement opposé à toute idée de partage .
Dans un intervalle de quelque neuf ans, deux ouvrages ou pamphlets ont paru en Europe sur le destin de cet Orient où règnent les passions, en premier lieu : « L’Etat des Juifs » de Théodor Herzl , écrivain israélite hongrois, promoteur du sionisme, puis « Le réveil de la nation arabe » du Libanais Negib Azoury . Tous deux, mais chacun à sa façon, plaident selon des motivations qui leur sont propres, pour des causes qui s’opposent.
Dans l’esprit du premier, « un foyer national », situé de préférence en Palestine, regrouperait les juifs « dispersés » aux quatre coins de monde. Quant au second, il envisageait une émancipation identitaire arabe qui conduirait à une entité géopolitique autonome, avec ou sans l’aval de l’Empire ottoman.
Un réveil en Orient arabe a bel et bien eu lieu, mais par la création de plusieurs Etats-nations. Ces deux espoirs ont donc été déçus, car ni le projet sioniste n’a pu convaincre les juifs du monde de se réunir sous un même drapeau, pas plus que le rêve d’un vaste royaume regroupant les Arabes, n’a vu le jour.
Herzl a semblé vouloir ignorer l’existence d’un peuple palestinien sur cette terre convoitée, probablement pour ne pas décourager la fondation d’un Etat qui se créerait forcément au détriment des Arabes. Quant à Azoury, il a minimisé un ensemble d’obstacles tant internes qu’externes, susceptibles d’empêcher l’instauration d’un Etat fédéraliste arabe. Si ce pionnier du nationalisme arabe n’a pas prévu l’ampleur du conflit arabo-israélien futur, il n’a pas non plus envisagé l’option d’un éventuel compromis entre juifs et Arabes. Selon lui, « Ces deux mouvements étaient appelés à se combattre continuellement jusqu’à ce que l’un d’eux l’emporte sur l’autre. Du résultat final de cette lutte entre ces deux peuples, porteurs de principes contraires, devait dépendre le sort du monde entier » .
D’ailleurs, les fondements des discours des deux belligérants paraissent, dès le début du conflit, comme étant catégoriques : « Une terre promise sans peuple, pour un peuple sans terre ! » contre « Une terre arabe usurpée ». Ceci implique bien une logique de « tout au rien ! ». Principes et idéaux sont confondus avec le mécanisme de la politique qui, tout compte fait, est l’art du possible.
Mais, peu à peu, les abus s’estompent et les tabous prennent moins d’importance, par exemple les fameux trois « Non » arabes : non à la reconnaissance d’Israël, non à l’armistice et non aux négociations avec Israël. Quant à ce dernier, il a longtemps plaidé pour ces trois règles négationnistes : non à l’existence d’un peuple palestinien, non à un Etat pour celui-ci et non à tout dialogue avec l’O.L.P., qui cependant est devenu le principal interlocuteur de l’Etat hébreu !
Mais peut-on dire pour autant qu’après le retrait de l’Egypte, le plus puissant pays arabe de ce conflit et l’engagement des palestiniens, la racine du problème sur la voie d’un règlement pacifique, que la page de la lutte soit tournée ?
Depuis « Camp David » de 1979, jusqu’au « Camp David » de l’an 2000, il appartient à Israël de mettre une touche finale à ce conflit. Or ce dernier ne croit jamais obtenir satisfaction quant à la garantie de son existence. Il semble, en effet, être envahi par une logique sécuritaire, qui se traduit par une logique de peur. En somme, malgré ses victoires militaires successives sur les forces de ses voisins arabes, un sentiment de ghetto conduit Israël à une crainte qui demeure très vivace.
Sait-on que l’Etat hébreu consacre plus d’un quart de son budget à son armement et à son arsenal conventionnel et nucléaire, et qu’il est soutenu par quelques trois milliards de dollars américains annuellement . Et pourtant, cette entité géopolitique semble manquer de confiance en elle-même.
Son raisonnement est le suivant : toujours plus de terres colonisables , de l’eau et encore de l’eau exploitable , sans parler de Jérusalem, ville éternellement judaïsable . Tout ceci laisse la partie adverse perplexe ; elle s’interroge sur les limites de ces continuelles concessions.
Le processus d’un contentieux est en cours certes, mais le règlement en lui-même n’est pas
acquis. Comment donc espérer une paix juste et surtout durable ?
EurOrient
Paris Septembre 2000
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