L’histoire de la pénétration de l’islam en Chine remonte au milieu du VIIe siècle avec l’envoi d’une ambassade du calife Utman en 621. Du VIIe jusqu’au milieu du XIIe siècle, on parle d’étrangers en Chine : ambassadeurs, commerçants, savants, de langues arabe et persan, viennent par les deux voies traditionnelles – maritime jusqu’à Canton et terrestre le long de la route de la soie.
Ce n’est qu’à partir du milieu du XIIIe siècle que l’on peut commencer à parler de Chinois musulmans, quand se sont assimilés dans la société chinoise les musulmans arrivés avec la dynastie mongole des Yuan, dès 1215 après la chute de Pékin. Dans un premier temps, ils ont formé, pour une fraction d’entre eux, une classe distincte de hauts fonctionnaires dans les finances et l’administration. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, l’islam est de langue chinoise et il est illustré par quelques grands lettrés musulmans, érudits en chinois, en arabe et en persan.
Autrement dit, l’islam est arrivé en quatre vagues successives : 1)- La plus ancienne, dès le siècle de l’Hégire, forme l’ « islam traditionnel » qui se caractérise par un mode d’organisation très classique, en petites communautés rassemblées autour d’une mosquée. 2)- La deuxième vague est représentée par le prosélytisme soufi. Les confréries soufies telles que naqshbabdiyya, Yasawiyya, Qadiriyya, Kubrawiyya , s’installent durablement dans le Nord-ouest. 3)- A la suite de l’impulsion donnée par Ma Laichi(1673-1753) au développement de la Naqshbandiyya au XVIIe siècle, la fin du siècle est marquée par le mouvement de renouveau (tajdid) considéré comme la troisième vague. 4)- La quatrième vague représentée, avec la diffusion, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, du mouvement fondamentaliste d’inspiration wahhabite
Qui sont les Hui ? Les Chinois musulmans sinophones, appelés Huizu depuis l’avènement de la république populaire de Chine le 1er octobre 1949, font partie des cinquante-six nationalités qui composent la Chine, ils sont près de 9 millions (la deuxième des minorités de Chine) et appartiennent, comme leurs coreligionnaires (Ouighour, Kazakh, Kirghiz, Salar, Bao’an, Uzbek, Dongxian, Tatar)de langue turco-mongole, au sunnisme et à l’école hanéfite, dominante dans cette partie du monde musulman, comprise dans un vaste ensemble composé de l’Asie centrale, de l’Inde et de la Chine. Seule une petite communauté persanophone, celle des Tadjik, est chi’ite ismaélienne. A l’instar des autres communautés religieuses en Chine, placées sous l’égide d’une association nationale, les musulmans sont coiffés par l’Association islamique de Chine créée en 1953.
Les autorités les considèrent comme : un minzu (peule, nationalité, communauté), et ils constituent une minorité nationale. Ils sont disséminés dans toutes les provinces de Chine et résident dans la plupart des districts et des grandes villes en communautés indépendantes les unes des autres, attachées à une mosquée. Leur concentration est plus dense (2,5 millions) dans les deux provinces du Nord-ouest, le Ningxia- province qui leur a été attribuée en 1958- et le Gansu. Les Hui n’ont pas de langue spécifique, ils sont, comme leurs voisins, des locuteurs des langues locales (fangyn) et de la langue nationale(guoyu)) ; toutefois, dans la pratique religieuse les termes persans et arabes sont d’usage courant. Les sourates du Coran ont toujours été dites en arabe, et jusqu’à une période récente le savoir religieux se transmettait en persan.
L’auteur justifie son choix de terrain : la région d’Hanan, pour situer ses enquêtes dans une zone intermédiaire où les Hui sont à la fois assez nombreux pour affirmer leur identité, et assez minoritaires pour se confronter en permanence avec les Han et être constamment obligés de redéfinir leur différence. Les enquêtes de terrain sont effectuées sur une longue période, de 1990 à 1997 et des séjours réguliers d’un à trois mois.
Allès divise son étude en trois parties : 1)- Dans la première partie(pp. 23-106), l’auteur aborde les Hui dans le passé et le présent, leurs liens avec le monde musulman et les trois modalités de leur implantation au Hanan : un village dont la population est entièrement Hui, une ville ancienne, et une ville moderne(pp. 23-98). 2)- La deuxième partie est consacrée aux : particularités, similitudes et confrontations(pp. 109-191), où l’auteur s’intéresse aux signes de nature – représentations, emblèmes, comportements – au moyen desquels les Hui expriment leur différence , à leur propres yeux comme au regard de leurs partenaires. Dans cette partie l’étude de la parenté, de l’organisation clanique et lignagère et de l’alliance, aussi la biographie de quelques personnages représentatifs, est donc abordée. 3)- La troisième partie traite des mosquées masculines et féminines(pp. 195-287), celles-ci étant une spécificité particulièrement remarquable de l’islam chinois. Soulignons – nous que dans la conclusion(289-297), l’auteur réfute les notions d’assimilation et de syncrétisme. Par-delà les différences entre courants, la doctrine professée par l’islam des Hui est conforme en tous points à l’orthodoxie générale de l’islam sunnite et aucun ingrédient extérieur ne vient en corrompre la « pureté ». Les éléments de la culture chinoise présentent dans le rituel – comme la marque générationnelle lors des funérailles ou la plupart des épisodes de la séquence du mariage- sont clairement identifiés en tant que tels.. Il a y , non pas mélange, mais juxtaposition, et dans l’esprit des intéressés, cette juxtaposition ne semble pas faire problème ; là où l’observateur étranger s’attendrait à trouver des tensions, la coexistence des éléments disparates paraît toute naturelle.
Cependant au cours de cette étude , le problème de l’identité Hui est posé à la fois dans son histoire et dans sa pratique de façon à dépasser l’alternative à laquelle la recherche se croit aujourd’hui confrontée, « ethnie » ou « religion ». Selon l’auteur : il n’y a pas eu jusqu’à présent d’ethnie Hui, mais sous l’effet de minzu qui a été attribué aux Hui, elle est manifestement en cours de formation.
En outre, ce livre contient : une introduction(pp. 9-20)
une bibliographie détaillée (pp. 299-322), en langue chinoise et occidentale,
un glossaire et index des noms propres.
A. Ayati