André Guillaume : Lawrence d’Arabie. Fayard, Paris 2000, 425p.

André guillaume, auteur d’une récente traduction des Sept Piliers de la Sagesse, et familier de l’ensemble des écrits connus ou peu connus de l’écrivain, professeur émérite à l’Université de Paris IV Sorbonne, nous livre – sous une forme savante par la qualité des références et agréable à lire par la précision élégante du texte – un tableau biographique et historique de « Lawrence d’Arabie » 1880-1935, l’homme considéré comme le maître d’une grande œuvre épique au XXème siècle, le Britannique réputé le plus célèbre de ce siècle, devenu personnage de légende.
Cette personnalité multiforme, complexe et fuyante par la volonté d’errance et d’aventure intellectuelle, est minutieusement présentée à travers sept chapitres : Un garçon prometteur (1888 – 1909) ; « Ce merveilleux Orient » ; Révision déchirante de la politique étrangère britannique ; Guerre au Proche-Orient et révolte arabe ; au service de deux maîtres ou la paix sans triomphe ; L’œuvre militaire et politique, Soldat du rang, héros traqué, L’œuvre littéraire ; Légende et légendes.
Cet être exceptionnel, pèlerin de l’absolu, s’est forgé un destin également exceptionnel qui s’éclaire ici par la confrontation entre œuvre écrite et carrière vécue. Dès ses jeunes années, il est marqué par un lourd héritage : parenté supposée prestigieuse par son père, sentiment de culpabilité transmis par une mère puritaine, épouse illégitime dont il porte le nom, sensibilité à l’égard de l’injustice et de la souffrance morale. Après avoir reçu une solide éducation, il fait de 1909 à 1919 plusieurs séjours au Proche-Orient à la découverte de l’archéologie médiévale, y apprend l’arabe, fait croquis et relevés ; ses observations dans cette région pénétrée par les puissances européennes rivales en font rapidement un bon agent de renseignements. Sincèrement patriote, discrètement impérialiste, il craint, pour son pays au faite de sa puissance, une sournoise décadence.
Observateur, bientôt engagé dans la guerre sur ses confins orientaux, il inscrit la Révolte arabe dont il est l’âme dans la stratégie britannique, pensant agir en faveur de la croissance du nouveau monde arabe dans la région : son action se situe en effet dans un courant libéral qui prône le passage progressif de ces zones en voie de dégagement par rapport à l’Empire ottoman vers autonomie puis indépendance ; les promesses faites à Fayçal se heurtent au machiavélisme de celles, fallacieuses, des grandes puissances. Les effets de la pénétration sioniste ne l’alarment pas, admiratif du courant modernisateur qu’elle porte. La narration des combats, le rôle des divers protagonistes, l’observation des lieux, permettent de saisir un aspect peu connu de la première guerre mondiale. Dès 1917 s’installe la légende en partie étrangère au personnage lui-même, en réponse à un besoin : populariser un théâtre d’opérations glorieux.
En 1922, déçu par les traités signés, il quitte le monde arabe, la vie politique, se réservant la liberté de manifester son opinion. De cette date au débout de l’année1935 – peu avant sa mort accidentelle – il partage sa vie entre la paix d’une maison restaurée en Angleterre et l’armée, soldat sans grade, sous divers noms, dans divers corps – sa préférence va à la RAF dont les techniques le fascinent – solidaire des humbles, patriote et discipliné, en quête de liberté morale et intellectuelle.
Même s’il se déclare homme d’action malgré lui, préférant la réflexion à l’action, sa personnalité aux facettes nombreuses, ses initiatives d’homme libre et moderne, facilitent l’accès à une histoire humble et profonde du Proche-Orient notamment avant, pendant et après la guerre
. Une bibliographie recense œuvres, documents inédits, ouvrages cités et utilisés. Un oubli est à noter : le petit volume publié par Henry Laurens en 1992, n° 155, Découvertes Gallimard, si précieux malgré l’exiguïté du format, riche d’une abondante iconographie. Cinq croquis permettent de saisir les transformations du Proche-Orient et les trajectoires suivies par la révolte arabe.
Monique Jouffroy