Leili Anvar, maître de conférences à l’INALCO en langue et littérature persane, traductrice et spécialiste de la littérature mystique, nous offre, dans un très bel ouvrage, après un bref avant-propos, l’évocation de la vie, tout à fait étonnante de Malek Jân Ne’mati, à l’occasion du centenaire de sa naissance (1906-1993), dite « Sainte Janie » - un statut de fait lié à sa pratique de la charité et de l’humilité ; cette biographie est suivie de ses poèmes et paroles traduits.
Née dans un village du Kurdistan iranien, elle a vécu loin du monde dans l’ascèse et la méditation. Les apparences sont trompeuses. Témoignages, lecture de son œuvre manuscrite nous la révèlent concernée par l’actualité, les questions philosophiques, le sort de l’humanité et plus particulièrement des femmes.
Frappée de cécité dès l’adolescence, elle décide de mener une vie contemplative, ascétique, sans se couper du monde. Pour elle, pour son père, son frère, le spirituel constitue l’essence de la vie. Sa biographie est l’occasion de brosser l’histoire de son pays et de montrer comment elle participe aux combats de son temps de manière originale et personnelle, dans un élan d’amour et de bienveillance, d’infinie compassion.
Sa poésie et ses paroles de sagesse sont nourries de la philosophie de son frère Ostad Elah. Leili Anvar en choisit une citation en tête de l’avant-propos pour «éclairer sa quête mystique : « La seule chose qui importe vraiment, c’est d’amener l’homme à s’éveiller, à ouvrir son champ de conscience, à retrouver sa nature véritable, à être dans le monde et se perfectionner par le monde pour devenir apte à retrouver un jour sa patrie d’origine »
Elle associe amour et raison : « Mettre des différences entre les envoyés divins nuit à l’âme de manière irréparable, car leur mission vient de Lui. Dieu envoie Ses missionnaires selon les nécessités du temps et du lieu. Comment pouvons-nous mettre des différences entre Moïse, Jésus et Mahomet ? Ils prennent leur mission de la même source »
Malek Jân Ne’mati mourut en France, « terre de spiritualité »,
où elle était venue se faire soigner et repose dans la commune de
Baillou (Loire et Cher) où se dresse un mausolée fréquenté.
Monique Jouffroy