Pascal Boniface, Barthélémy Courmont : Le monde nucléaire. Arme nucléaire et relations internationales depuis 1945. Armand Colin, 2006, 260 pages.

Depuis soixante ans l’arme nucléaire s’impose comme le symbole ultime de la puissance des Etats, le signe d’un progrès technologique, la loi du plus fort et le synonyme de survie pour les plus faibles.
D’ailleurs, depuis 60 ans, les pays nucléaires règnent sans partage sur l’olympe de la puissance et l’arme suprême sert ainsi de moteur aux relations internationales. D’où la question centrale de ce livre, celle de l’impact de l’arme nucléaire dans les relations internationales : Constitue-t-elle une menace réelle ou surestimée ? Doit-on véritablement parler de menace, là où le terme de risque pourrait être plus approprié ? Dans un contexte marqué par la nécessité souvent affirmée de revoir les dépenses, afin de les consacrer à la lutte contre le terrorisme et le renforcement des capacités de protection, le nucléaire a-t-il toujours sa place ? Les auteurs ont proposé trois niveaux de réflexion qui concernent la prolifération, la dissuasion et le désarmement. Ces trois éléments, selon les auteurs, apparaissent dans tous les grands événements qui jalonnèrent les soixante premières années d’histoire du nucléaire militaire, d’Hiroshima à la crise iranienne actuelle, en passant par les missiles de Cuba, les accords de désarmement, la signature du Traité de non-prolifération, ou le premier essai nucléaire français de 1960. Ces trois niveaux sont appliqués tout au long des six chapitres de cet ouvrage.
Dans le premier chapitre : Aux origines du nucléaire, P. Boniface et B. Courmont retracent le contexte historique de la fabrication de la bombe à travers le projet Manhattan, dont ce sont les scientifiques qui, les premiers, ont pris conscience du risque de voir l’Allemagne nazie se doter d’une nouvelle arme terrifiante… La fabrication de l’arme nucléaire fut, dans ses origines, motivée par la volonté d’imposer les valeurs de la démocratie par la force et de triompher des régimes totalitaires. Si les scientifiques, à l’origine du Projet Manhattan, se sont progressivement vus dépossédés de leur création, et si la plupart d’entre eux se sont opposés à son utilisation, ils restèrent cependant persuadés que le nouvel engin était susceptible d’offrir les meilleures garanties sécuritaires à l’échelle internationale.
L’analyse des différentes crises : Eisenhower et les représailles massives, Kennedy et la riposte graduée, évolution de la stratégie nucléaire soviétique pendant la Guerre froide, crise de Cuba, bombe britannique et la Chine qui devient puissance nucléaire, constitue le deuxième chapitre : un monde bipolaire et nucléaire. Le troisième chapitre : Armes, contrôle et désarmement, tourne autour de l’analyse du traité de non prolifération et des différents traités signés : SALT, START, TICe.
Le quatrième chapitre : La fin de la guerre froide et les armes nucléaires. Comme le soulignent les auteurs : malgré l’existence de traités internationaux et des menaces de sanctions, notamment commerciales, de nombreux Etats ont continué à poursuivre des programmes nucléaires, avec des succès plus ou moins aboutis. Le risque de voir le nombre d’Etats proliférants se multiplier augmente avec la fin de la Guerre froide. L’analyse de la situation américaine que les auteurs proposent reste un des passages clés de l’ouvrage. Le cinquième chapitre délivre les concepts et doctrines des puissances nucléaires. Dans un monde post-guerre froide, les grandes puissances nucléaires repensent leur politique de dissuasion afin de mieux l’adapter aux nouvelles menaces internationales. Dans cette partie, les programmes nucléaires israéliens, indiens, pakistanais, iraniens et coréens sont abordés.
Enfin, la France nucléaire est le titre du sixième chapitre. Devenue quatrième puissance nucléaire après son premier essai nucléaire sur le site de Reggane, dans le Sahara algérien, la particularité nucléaire française, selon les auteurs réside tout d’abord dans l’avance importante dont disposaient les centres de recherche de l’hexagone avant le début de la Seconde Guerre Mondiale… Elle s’explique aussi par les difficultés rencontrées par la France à éviter les pressions extérieures… Elle s’explique enfin et surtout par les raisons qui justifièrent le lancement d’un programme nucléaire militaire et la doctrine d’emploi qui accompagna les premiers essais effectués avec succès dans le désert du Sahara. Les auteurs incluent en outre, une bibliographie détaillée, six annexes et un index fort utiles.
En somme, en six chapitres bien rédigés d’une plume scientifique, ce qui en rend la lecture particulièrement agréable, les auteurs parviennent à nous présenter une histoire claire du nucléaire.
Ata Ayati