Thierry Camous : Orients Occidents, vingt-cinq siècles de guerres. PUF, 2007, 438 pages, 24€.

Vingt-cinq siècles de relations conflictuelles entre orients et occidents sont traités, en cinq antinomies, qui constituent la structure en cinq parties de ce livre. Autrement dit, son champ d’études va de l’Antiquité à nos jours afin de pouvoir analyser la problématique de ces confrontations, qui réside en effet dans les rapports entre les civilisations, tels que la guerre, et permet de les mettre à jour : rapports profonds structurants et non pas seulement épisodiques ou accidentels.
Thierry Camous, agrégé et docteur en histoire ancienne, enseignant à l’Université de Guangzhou en Chine et chercheur associé au CNRS, ne prétend pas réduire, dans une perspective aussi élargie, ce qui est selon lui le « choc des civilisations » entre orients et occidents à la seule opposition islam/occident. Car, contrairement à Huntington, il ne fait pas de l’islam le nœud des conflits qui déchirent la planète.
Il faut réaffirmer, dit l’auteur, avec force ce point essentiel : la violence n’est pas l’apanage culturel de l’islam ou de l’orient. Toutes les religions et les cultures - le bouddhisme aussi - ont développé leur théorie et leur pratique de la violence. Depuis les années 1990, les Etats-Unis sont dominés, au Congrès puis à la présidence, par la nouvelle droite conservatrice et religieuse. Ceci dit, le « choc des civilisations » n’est pas né le 11 septembre 2001 d’une part, et le concept même de choc des civilisations n’a pas été inventé par Huntington d’autre part, il appartient en fait à Bernard Lewis. Il est de tous les temps au cœur des relations conflictuelles entre orients et occidents, en ce sens le choc des civilisations ne date pas de treize siècles seulement, mais de vingt-cinq siècles.
C’est ainsi que ces 25 siècles de confrontation armée ont vu cinq grandes phases correspondant à diverses situations historiques et autant d’états définissables des fractures entre orients et occidents. Ce sont, selon T. Camous, les cinq grands types de confrontation orients/occidents, qu’il traite dans leur ordre chronologique : La première se manifeste entre un occident gréco-romain, de tradition guerrière rationnelle et l’orient iranien achéménide ou arsacide, incarnant l’impérialisme oriental et la culture des masses. On y discerne l’opposition entre citoyen et sujet, individu et masse. L’auteur analyse successivement trois moments privilégiés de cette opposition plus que millénaire : les guerres médiques, la conquête d’Alexandre et l’hostilité romano-parthe.
La seconde partie tient aux rapports entre sédentaire et nomades et on y voit défiler les invasions des Huns, Arabes, Avars, Bulgares, Hongrois puis Mongols qui incarnèrent tour à tour de grandes frayeurs, voir les grandes peurs eschatologiques de l’occident. La troisième partie se cristallise au Moyen-âge autour du conflit entre l’islam et le christianisme, où la religion est au cœur de l’opposition orients et occidents à travers la guerre sainte. La quatrième partie est politique et se développe de l’époque moderne à l’époque contemporaine à travers l’évolution de l’Occident vers la démocratie libérale, alors que l’Orient reste politiquement figé dans des systèmes autoritaires : nouvelle facette du choc des civilisations entre orients et occidents qui se cristallise à Lépante, Borodino, et Stalingrad.
La cinquième traite cette opposition depuis le lendemain de la Première Guerre mondiale jusqu’à nos jours qui divise des orients, pauvres et humiliés et des occidents riches et dominateurs. Un livre passionnant et qui suscitera le débat entre orients déchirés de guerres, et occidents en crise d’identité, utile pour comprendre le pourquoi des événements tragiques qu’Orient et Occident rencontre depuis des siècles. Ata Ayati