Guillaume Fourmont-Dainville : Géopolitique de l’Arabie Saoudite. Ed. Ellipses, Paris 2005, 171p.

Comme les ouvrages précédemment présentés, cette étude comble le déficit en sciences sociales et politiques concernant cet Etat, le seul au monde à porter le nom d’une dynastie régnante. L’auteur propose des enseignements tirés d’un séjour découverte de l’intérieur. Le plan en trois parties expose : 1-les défis socio-économiques d’une Arabie plurielle, 2- les réformes nécessaires dans le souci d’assurer une stabilité interne, 3- la place du pays sur la scène internationale.
Après un rappel de l’histoire maintenant connue, la description de l’espace et les données géographiques offrent une synthèse relativement neuve. Cet espace diversifié est dessiné, la singularité de Riyad soulignée – image d’une culture et d’une nation « saoudite », celle de Jeddah également, ville de commerce, d’entrée des pèlerins. Malgré l’incertitude des statistiques manipulées, les repères démographiques sont alignés : 22 à 24 millions d’habitants dont plus d’un quart d’étrangers majoritairement issus du sous-continent indien, un taux de croissance élevé, de l’ordre de 3,3 %, une population à 75% urbanisée malgré la survivance de repères identitaires tribaux, jeune avec 50% de Saoudiens âgés de moins de 20 ans, majoritairement sunnite avec 7% de chiites, en général duodécimins ; 60% de la population active est étrangère ; elle a besoin d’un sponsor local et sa condition est souvent dure même si elle est d’origine arabe et musulmane. L’Etat cherche, sans grand succès, à abaisser ce pourcentage.
Le pétrole, source essentielle de revenus, est aussi facteur d’instabilité. Les inégalités sociales, graves et croissantes, obligent à des interrogations concernant emploi, formation, revenus, statut de la femme.
Le système institué par la famille Saoud, soit environ six mille membres, tribal et oligarchique, cherche d’abord à éviter tout conflit ; or l’islam légitime le pouvoir et reste la principale source de contestation. Gérer les intérêts des divers groupes de la famille régnante et répondre aux oppositions, notamment celles des jeunes ou des religieux, n’est pas une mince affaire. Les énormes ressources liées au pétrole – premier producteur et exportateur, 28% des réserves mondiales, 70% des recettes budgétaires, 90% des exportations ont entraîné un retard dans la diversification de l’économie. Former une main d’œuvre saoudienne, rêve ancien, entre lentement en application.
Ce pays revendique une présence d’abord dans la péninsule arabique, au Moyen-Orient et sur la scène internationale. Très lié aux Etats-Unis depuis trois quarts de siècle et surtout depuis 1945, il joue un rôle capital dans la fixation du prix du pétrole. Par la voie de l’islam, par des organisations comme l’OCI, par son prosélytisme, le pèlerinage de la Mecque, sa volonté de présence s’est affirmée notamment au Proche-Orient et en Asie Centrale. Etats-Unis et Arabie Saoudite ont besoin l’un de l’autre sur les plans stratégiques et économiques.
Cet ouvrage, dont certaines appréciations peuvent être contestées, est clair et fort utile. A la fin un glossaire, des repères historiques et actuels, des cartes en font un outil fort commode.
Monique Jouffroy.