Cette synthèse, publiée chaque année, regroupe huit contributions variées et informées,
dresse avec pertinence un sombre bilan de la situation du Moyen-Orient ; la région se trouve dans une impasse sociale,
politique, internationale et confirme sa paralysie politique, obstacle à toute projection vers l’avenir. Face à ces crispations,
les autorités sont divisées, délégitimées, incapables d’offrir une réponse, ou inaptes à la mettre en œuvre.
La communauté internationale, qui prétend se saisir des problèmes, n’en a les moyens ni techniques ni conceptuels.
A travers une analyse remarquable, F Charillon nous montre l’incapacité des puissances occidentales à sortir de l’impasse
moyen-orientale du fait qu’elles continuent de revendiquer un rôle majeur dans l’évolution d’une région qu’elles ne dominent plus.
Selon l’auteur, plus fondamentalement, la communauté internationale ne réussit pas à mettre en place les mécanismes
qui permettraient d’instaurer un cercle vertueux de dialogue ni à penser la région autrement qu’entre deux extrêmes ; soit elle veut
y appliquer des méthodes ou des idéologies pensées en d’autres temps et pour d’autres régions par des experts ignorant les spécificités
politiques et sociologiques du Moyen-Orient contemporain ; soit à l’inverse, elle considère cet espace comme une anomalie qui dérogerait
aux règles des relations internationales, qui échapperait à tout raisonnement politique courant, et dont la singularité serait telle que
seuls quelques spécialistes pourraient en proposer une analyse, à défaut de suggérer une action.
Mohammed Reza Djalili, spécialiste de la géopolitique de l’Iran, dans sa contribution intitulée : Le croissant chiite : Mythe ou réalité ?,
nous révèle que le concept de « croissant » ou « d’arc chiite » est une idée, un slogan sunnite destiné à inviter des Etats arabes à
resserrer leurs rangs face à la montée en puissance de l’Iran.
Il s’agit également de contrer la popularité, auprès des opinions politiques arabes,
du discours populiste et anti-américain du régime islamique.
En réalité, M. Ahmadinejad n’est pas considéré par la rue arabe comme un Iranien
et un chiite, mais plutôt comme « un musulman qui a le courage de tenir tête aux Etats-Unis et à Israël, » ce qui diminue la portée
de la mobilisation sunnite contre le chiisme. En même temps, l’Iran, qui ne veut pas enfermer sa politique dans un ghetto chiite et
qui se présente comme le nouveau leader du front du refus face à Israël, n’est pas mécontent de l’utilisation du concept
d’ « arc chiite » par les pays arabes. Même en tant que mythe ou slogan ce concept sert d’une certaine manière les intérêts
et les ambitions de la République islamique.
D’autres contributions, telles que : Israël : les conséquences politiques de la guerre de 33 jours, Territoires palestiniens : la lutte Fatah –Hamas, Fatah-al-islam : un réseau djihadiste au cours des contradictions libanaises, L’Egypte : entre réformes économiques et arrêt du processus de démocratisation, et Maghreb, entre résilience des Etats-nations et dissidence djihadiste complètent le tableau d’une situation sombre et amère d’une région où les analyses montrent que la crise ne s’arrête pas au Moyen-Orient, mais embrasse une zone plus vaste où les déchirures sont nombreuses et les timides tentations de dialogue ne sont plus porteuses d’espoir.
Ata Ayati