Président de l’Institut Français d’Analyse Stratégique, François Géré est un des spécialistes bien informé dans le domaine des stratégies internationales. Dans son ouvrage, il tente d’examiner la genèse de la crise nucléaire iranienne. Comme il le souligne lui-même, toute crise résulte d’une accumulation de malentendus, fondés sur des perceptions erronées. Dans ce drame, les acteurs se transforment progressivement en ennemis, l’angoisse des uns provoque celles des autres et réciproquement. On interrompt tout dialogue et dans le silence de l’incompréhension organisée, chacun se prépare à l’épreuve de force…
Afin de mieux saisir cette crise et les stratégiques qui en découlent, l’auteur analyse pertinemment toutes les composantes matérielles et spirituelles de la société iranienne contemporaine, car les racines de cette crise se trouvent dans l’histoire de ce pays et sa genèse est à rechercher bien avant la révolution de 1979.
Elle résulte d’une sorte de double mise à l’épreuve de l’Iran : du pays lui-même, du fait de son histoire et de sa position géostratégique et de son projet nucléaire, plus ancien qu’on ne le dit souvent.
Le livre comprend trois parties : la première aborde les données politiques, sociales, géostratégiques et leurs évolutions récentes à travers l’histoire. Compte tenu de cette histoire chargée de mouvements, elle étudie les fondements de la géostratégie, la position géographique, la guerre irano-irakienne, les relations extérieures de l’Iran et les fondamentaux de la défense iranienne.
Le tourment nucléaire : la longue marche nucléaire de l’Iran est le titre de la deuxième partie dans laquelle F. Géré retrace l’histoire nucléaire iranienne depuis 1957 et les différentes étapes de la crise. À ce propos, il conclut que le point de départ du dialogue n’était pas bon, dès lors que les positions de principe étaient inconciliables.
Il se peut qu’UE3 se soit sincèrement abusé sur la volonté iranienne… Ce n’est pas une négociation, mais une épreuve de force dissimulée. Dès lors qu’il apparaissait que les principes faisaient obstacle à la négociation, il fallait s’attaquer sérieusement à la question des principes. S’il y a droit inaliénable à disposer d’une industrie électronucléaire…, l’Iran se devrait de souscrire pleinement à l’exigence des garanties intégrales, assorties de mesures de contrôles renforcés…
La troisième partie est intitulée : l’avenir de la crise. Des sanctions aux scénarios militaires, l’impact de ceux-ci sur la société iranienne, leurs conséquences sur la scène internationale et les représailles de l’Iran sont point par point analysés. F. Géré précise : Rien ne presse ! En l’état d’avancement du programme nucléaire iranien, il faudra à Téhéran plusieurs années pour finaliser. Plus de temps qu’il n’en faut pour une négociation, loin des discours messianiques et des proclamations militaires. Si la pression ne s’en mêle pas, les protagonistes sont toujours susceptibles de négocier une issue…
L’ouvrage a le mérite de reconstituer pertinemment et précisément la
chronologie des événements qui conduit à la crise nucléaire iranienne.
Le seul regret que laisse la lecture de ce livre solidement
problématisé et assez amplement informé est l’absence d’une
bibliographie non sélective, du fait que l’auteur n’est pas
spécialiste de ce pays, cependant l’apport de l’ouvrage est
incontestable.
Ata Ayati