Rashid Khaledi, historien, titulaire de la chaire Edward Said à Columbia
University et directeur du Centre d’Etudes sur le Moyen- Orient, propose
d’étudier en détail l’échec des Palestiniens à instaurer un Etat indépendant
avant l’année de la fondation d’Israël et de la désintégration de la Palestine
arabe, ainsi que les conséquences de cet échec dans les années qui suivent.
Il ne s’agit pas, en effet, de traiter le conflit qui perdure depuis 60 ans
entre les Palestiniens et les Juifs, mais d’appréhender sa composante
palestinienne, notamment les tentatives inlassables du peuple palestinien
pour parvenir à l’indépendance sur leur territoire.
D’où la problématique
posée par cet ouvrage pourquoi les Palestiniens ne disposent-ils pas
encore d’un Etat ? Une telle problématique découle d’une série de questions :
Pourquoi cet échec des Palestiniens à accéder au statut d’Etat indépendant ?
Pourquoi faudrait-il se focaliser sur le rôle des Palestiniens dans leurs
défaites passées, eux qui constituent le maillon le plus faible parmi tous
les acteurs engagés dans la bataille prolongée qui doit décider du destin
de leur pays en 1948 ? Pourquoi se concentrer sur les échecs ou les
incapacités des Palestiniens à parvenir à l’indépendance avant 1948,
si la conjonction des forces déployées contre eux fut si puissante
qu’elle se révéla en fin de compte écrasante ? Pourquoi ne pas mettre
l’accent sur le rôle prépondérant joué par les forces extérieures pour
empêcher les Palestiniens d’accéder à l’autodétermination ?
Le statut
d’Etat est-il l’aboutissement nécessaire pour un peuple qui, depuis
le début du XXème siècle, possède une identité nationale clairement
définie, mais qui a été dans l’incapacité de mettre en place des
structures viables et durables pour l’exprimer ou contrôler un
territoire national ? Etait-il concevable que le peuple palestinien
continue à vivre indéfiniment comme il le fait depuis la fin de
l’hégémonie ottomane en 1918 sans tutelle étatique ? Enfin, pourquoi,
à la différence des peuples voisins et notamment du Yichouv,
ne mènent–ils pas à bien leurs aspirations nationales ?
R. Kkalidi ne s’appuie pas en premier lieu sur des archives qui les trouve
fondamentale asymétrique du fait que l’une fonction à travers un Etat-nation
moderne et se sert de ses archives et d’autres sources pour construire une
version de son histoire qui façonne insidieusement la manière dont le monde
perçoit le conflit israélo-palestinien, mais il base ses recherches sur des
journaux et des documents privés(60 pages de notes en fin du texte illustrent
parfaitement ses recherches méticuleuses) afin d’analyser les deux décennies
qui précèdent la seconde guerre mondiale, durant lesquelles le sort des
Palestiniens s’est noué.
Les obstacles dressés par les Britanniques à leur indépendance participent
d’un principe éprouvé : « diviser pour mieux régner ». Pour y parvenir,
ceux-ci ont crée en Palestine des institutions islamiques inédites tant
dans l’histoire de ce pays, que dans celle du monde musulman en général.
Parmi elles, le Conseil supérieur islamique « al-Majlis al –islami al A’la »…
La charge de mufti de Jérusalem (de rite hanafite) constitue également une
innovation. Les Britanniques eux-mêmes en modifient le titre en « grand mufti
de Palestine »(Mufti Filastin al-akbar). Le premier haut commissaire britannique
en Palestine, sir Herbert Samuel, offre ce poste clé à Hadj Amin Al-Husseini au
détriment d’un autre Husseini, jugé plus dangereux.
Ainsi les Britanniques
arrivent à affaiblir le camp nationaliste naissant, en enfermant
les Palestiniens dans « une cage de fer » (le titre de l’ouvrage
en anglais), en les épuisant par des querelles bien entretenues
et en les empêchant de mettre en place un embryon d’Etat et des
structures similaires à celles que développent avec talent pendant
la même période le mouvement sioniste.
D’autant plus que, selon
l’auteur, les Arabes sont déchirés par des dissensions dynastiques
et nationales. Entrés (les pays arabes) pour la première fois sur
la scène palestinienne en 1936, sur l’ordre à la fois des Britanniques
et des dirigeants palestiniens, mais poursuivent également leurs intérêts
propres.
L’auteur met l’accent de façon thématique sur le positionnement des
Palestiniens face à la question de l’instauration d’un Etat avant 1948,
Cette manière de procéder lui permettra de mieux cerner le problème,
tout en suggérant pourquoi il devient récurrent pendant la période
qui suit. Chacun de ces thèmes forme le cœur d’un chapitre et chaque
chapitre, à l’exception des deux derniers, couvre l’essentiel des trente
années de domination britannique de la Palestine.
Où en sommes-nous
concernant l’Etat palestinien? Selon R. Khalidi, il faudra attendre
quelque temps, et peut-être longtemps, avant que les aspirations des
Palestiniens à vivre en tant que peuple souverain sur leur propre
terre soient prises en compte.
Leur aptitude à exercer leur souveraineté
au sein d’un Etat viable et indépendant est peut-être condamnée à jamais
par la réussite du plan Sharon, encouragé matériellement par l’administration
Bush. Il faut prendre l’initiative et élaborer à l’avenir de nouvelles
configurations et de nouvelles conceptions adaptées à la situation, à
son assujettissement croissant et à la négation de ses droits, à son
inféodation au puissant Etat-nation israélien.
Il faut espérer que
les Palestiniens feront preuve en la matière de plus d’imagination,
d’intelligence et d’efficacité que leurs prédécesseurs et engendreront
une équipe dirigeante dont les efforts seront davantage couronnés de succès.
Ata Ayati