Rashid Khalidi : Palestine, histoire d’un Etat introuvable. Essai traduit de l’américain par Elise Argaud. Actes sud, 2007, 362p, 25€.

Rashid Khaledi, historien, titulaire de la chaire Edward Said à Columbia University et directeur du Centre d’Etudes sur le Moyen- Orient, propose d’étudier en détail l’échec des Palestiniens à instaurer un Etat indépendant avant l’année de la fondation d’Israël et de la désintégration de la Palestine arabe, ainsi que les conséquences de cet échec dans les années qui suivent.
Il ne s’agit pas, en effet, de traiter le conflit qui perdure depuis 60 ans entre les Palestiniens et les Juifs, mais d’appréhender sa composante palestinienne, notamment les tentatives inlassables du peuple palestinien pour parvenir à l’indépendance sur leur territoire.
D’où la problématique posée par cet ouvrage pourquoi les Palestiniens ne disposent-ils pas encore d’un Etat ? Une telle problématique découle d’une série de questions : Pourquoi cet échec des Palestiniens à accéder au statut d’Etat indépendant ?
Pourquoi faudrait-il se focaliser sur le rôle des Palestiniens dans leurs défaites passées, eux qui constituent le maillon le plus faible parmi tous les acteurs engagés dans la bataille prolongée qui doit décider du destin de leur pays en 1948 ? Pourquoi se concentrer sur les échecs ou les incapacités des Palestiniens à parvenir à l’indépendance avant 1948, si la conjonction des forces déployées contre eux fut si puissante qu’elle se révéla en fin de compte écrasante ? Pourquoi ne pas mettre l’accent sur le rôle prépondérant joué par les forces extérieures pour empêcher les Palestiniens d’accéder à l’autodétermination ?
Le statut d’Etat est-il l’aboutissement nécessaire pour un peuple qui, depuis le début du XXème siècle, possède une identité nationale clairement définie, mais qui a été dans l’incapacité de mettre en place des structures viables et durables pour l’exprimer ou contrôler un territoire national ? Etait-il concevable que le peuple palestinien continue à vivre indéfiniment comme il le fait depuis la fin de l’hégémonie ottomane en 1918 sans tutelle étatique ? Enfin, pourquoi, à la différence des peuples voisins et notamment du Yichouv, ne mènent–ils pas à bien leurs aspirations nationales ?
R. Kkalidi ne s’appuie pas en premier lieu sur des archives qui les trouve fondamentale asymétrique du fait que l’une fonction à travers un Etat-nation moderne et se sert de ses archives et d’autres sources pour construire une version de son histoire qui façonne insidieusement la manière dont le monde perçoit le conflit israélo-palestinien, mais il base ses recherches sur des journaux et des documents privés(60 pages de notes en fin du texte illustrent parfaitement ses recherches méticuleuses) afin d’analyser les deux décennies qui précèdent la seconde guerre mondiale, durant lesquelles le sort des Palestiniens s’est noué.
Les obstacles dressés par les Britanniques à leur indépendance participent d’un principe éprouvé : « diviser pour mieux régner ». Pour y parvenir, ceux-ci ont crée en Palestine des institutions islamiques inédites tant dans l’histoire de ce pays, que dans celle du monde musulman en général.
Parmi elles, le Conseil supérieur islamique « al-Majlis al –islami al A’la »… La charge de mufti de Jérusalem (de rite hanafite) constitue également une innovation. Les Britanniques eux-mêmes en modifient le titre en « grand mufti de Palestine »(Mufti Filastin al-akbar). Le premier haut commissaire britannique en Palestine, sir Herbert Samuel, offre ce poste clé à Hadj Amin Al-Husseini au détriment d’un autre Husseini, jugé plus dangereux.
Ainsi les Britanniques arrivent à affaiblir le camp nationaliste naissant, en enfermant les Palestiniens dans « une cage de fer » (le titre de l’ouvrage en anglais), en les épuisant par des querelles bien entretenues et en les empêchant de mettre en place un embryon d’Etat et des structures similaires à celles que développent avec talent pendant la même période le mouvement sioniste.
D’autant plus que, selon l’auteur, les Arabes sont déchirés par des dissensions dynastiques et nationales. Entrés (les pays arabes) pour la première fois sur la scène palestinienne en 1936, sur l’ordre à la fois des Britanniques et des dirigeants palestiniens, mais poursuivent également leurs intérêts propres.
L’auteur met l’accent de façon thématique sur le positionnement des Palestiniens face à la question de l’instauration d’un Etat avant 1948, Cette manière de procéder lui permettra de mieux cerner le problème, tout en suggérant pourquoi il devient récurrent pendant la période qui suit. Chacun de ces thèmes forme le cœur d’un chapitre et chaque chapitre, à l’exception des deux derniers, couvre l’essentiel des trente années de domination britannique de la Palestine.
Où en sommes-nous concernant l’Etat palestinien? Selon R. Khalidi, il faudra attendre quelque temps, et peut-être longtemps, avant que les aspirations des Palestiniens à vivre en tant que peuple souverain sur leur propre terre soient prises en compte.
Leur aptitude à exercer leur souveraineté au sein d’un Etat viable et indépendant est peut-être condamnée à jamais par la réussite du plan Sharon, encouragé matériellement par l’administration Bush. Il faut prendre l’initiative et élaborer à l’avenir de nouvelles configurations et de nouvelles conceptions adaptées à la situation, à son assujettissement croissant et à la négation de ses droits, à son inféodation au puissant Etat-nation israélien.
Il faut espérer que les Palestiniens feront preuve en la matière de plus d’imagination, d’intelligence et d’efficacité que leurs prédécesseurs et engendreront une équipe dirigeante dont les efforts seront davantage couronnés de succès.
Ata Ayati