Militant d’extrême gauche, après avoir terminé ses études de cinéma en France, Moustafa Khalifé décide de retrouver son pays.
Arrivé à l’aéroport de Damas, l’employé auquel il tend son passeport, lui demande d’attendre. Deux agents de la sécurité viennent prendre son passeport et le prie, à voix excessivement basse, de les accompagner, vers une destination où le retour dura 12 ans. Il leur pose la question : Que se passe-t-il ? Pourquoi ces formalités ? On lui fait comprendre d’observer le silence ! Quelques heures plus tard sous la torture, il comprend qu’il était dénoncé pour avoir tenu des propos hostiles au régime d’Hafez Al-Assad et dit des choses outrageantes sur celui-ci, durant son séjour en France.
C’est ainsi que commence La Coquille, le récit terrible de ce prisonnier syrien et l’expérience de 12 ans de vie dans une des prisons syriennes, nommée la prison du désert.
Ce récit contient des descriptions détaillées, minutieusement mises en relief, du système pénitencier syrien : « Il y avait une odeur particulière, une odeur qui n’existe que dans les bureaux des officiers de la Sécurité. C’est un mélange : diverses marques de parfum, les cigarettes de luxe, l’odeur de sueur humaine, les odeurs de pieds. Le tout mêlé à celle de la torture ; la souffrance humaine ; l’odeur de la crainte. Dès qu’elle atteint vos narines, vous sentez monter la peur (…) Espèces d’âne ! Je veux les noms des membres de ton groupe ! Donne-moi les noms des types de ta cellule dans l’organisation ! Quelle organisation ? L’organisation des Frères musulmans. Comment, tu ne sais pas de quelle organisation tu fais partie ? … ».
Chrétien, au moment où la révolte des Frères musulmans avait éclaté M. Khalifé vivait en France ; il pensait qu’il y avait confusion. Le pire est que dans la prison, il était considéré comme suspect par ses geôliers.
La Coquille est aussi le journal d’un visuel, cinéaste, où des scènes de torture et de violence jusqu’à la nausée, l’avilissement, le sadisme sont omniprésentes.
Rien n’échappe à la narration : le fonctionnement de la prison, les repas dans des gamelles, la comptabilité des entrées et des sorties, les exécutions et la mise en scène de tribunal de campagne, où en général un procès ne dure pas plus d’une minute ; la plupart des prisonniers ne voient pas le juge-officier et ne savent pas quels sont les termes du jugement qui décide de leur sort.
La Coquille, à la fois dénonciation du
système pénitencier le plus terrible d’un des régimes
autoritaires du Moyen-Orient et autobiographie légèrement romancée
d’un prisonnier, produit sur lui une autre « coquille » encore plus
épaisse, plus solide et plus sombre, après 12 ans de prison, même
alors qu’il parvient à en sortir.
Ata Ayati