Lucas Catherine : Palestine, la dernière colonie ? Ed. EP. 2003, 311pages. 22.50€

L’auteur est spécialiste du Monde arabe dont il a déjà publié chez le même éditeur : L’islam à l’usage des croyances.
Le Livre comprend 14 parties. Dans chacune d’elles L. Catherine a essayé de retracer l’histoire de la Palestine depuis 637 jusqu’à nos jours. A la fin du livre, il a donné la parole à quatre Belges d’origine palestinienne, y compris lui-même, qui nous relate largement son contact avec le Fatah à Beyrouth, dans les années 1968 où il a eu une formation au tir en tant que un communiste pro-palestinien. L’auteur termine son livre par des annexes à savoir : Résolutions de l’ONU sur la question palestinienne entre 1947 et 2002. Cette instance a approuvé plus de 560 résolutions sur la même question.
Lucas Catherine en commençant son livre au VIème siècle, nous amène au cœur de cette terre fertile, qui s’est trouvée complètement bouleversée, dans le sang et dans un conflit incertain, depuis l’arrivée des immigrés sionistes, après la première mondiale.
C’est sur ces derniers qu’il base une grande partie son livre, s’interrogeant à juste titre : « Qu’est-ce que le sionisme ? Que prône cette idéologie et qui la soutient ? Est-ce la dernière forme du colonialisme ? Quelle est l’implication des Etats-Unis et des principaux pays européens dans ce conflit sanglant depuis l’arrivée des sionistes ? Et quelles sont les conditions pour y mettre fin ? »
A travers ces questions, l’auteur s’appuie sur certaines données historiques, notamment les écrits de fondateurs de l’Etat juif, tel que Herzl, afin de montrer les objectifs principaux des sionistes arrivés dans ce pays « Nous formerons pour l’Europe une tête de pont vers l’Asie, une bastion de la civilisation contre la Barbarie …Le pays s’étendra de la rivière de l’Egypte à l’Euphrate…La population locale ne pourra pas travailler, sauf pour assécher les marais et tuer les serpents, ensuite il faut discrètement les expulser du pays…Nous allons établir un réseau de colonies sur tout le territoire : d’abord les pieux et de solides fils sur les côtés, ensuite y tisser de solides nervures, et enfin remplir l’ensemble, comme une araignée ».
Pourrait-on dire que les objectifs de ces gens-là sont déjà atteints ? Ils n’avaient d’autres finalités que de faire exiler les Palestiniens en dehors de leur propre pays, afin de mettre la région du Moyen-Orient dans un état de guerre permanent afin de diviser pour régner ?
A partir de 1920, les Anglais s’approprient de facto la direction de la Palestine et en 1922 reçoivent également un mandat officiel de la Société des Nations. C’est à partir de cette date que les sionistes s’installent au fur et à mesure en Palestine et en expulsent les Palestiniens. A ce propos, on compte (en 2000), 5.552.875 réfugiés Palestiniens : 3.737.494 sont enregistrés auprès de l’UNRWA et reçoivent de l’aide, principalement des rations alimentaires ; 1.211.480 d’entre eux vivent encore dans des camps.
Avec la restauration de l’Etat juif, certains pensaient que les organisations sionistes, qui ont joué un rôle très considérable afin de mettre sur pieds cet Etat, telles que le Mondial l’Agence juive, le Keren Keyameth le Yisrael ou le Keren Hyesonad, allaient disparaître. Selon notre auteur, rien n’est moins vrai. En effet, Israël ne devient pas l’Etat de ses habitants, mais celui de tous les juifs du monde, même celui de ceux qui ne pensent pas à immigrer. C’est pour cette raison qu’en Israël, on distingue citoyenneté et nationalité. Les Palestiniens qui n’ont pas été expulsés en 1948 possèdent bien le statut de citoyen, mais pas la nationalité. Pour la loi, il n’existe qu’une nationalité juive, pas de nationalité palestinienne ou arabe.
En Israël, les infrastructures de base ne sont pas gérées uniquement par l’Etat, mais également par les Institutions nationales, à savoir les institutions sionistes.
Quelle est l’implication des Etats-Unis dans la question palestinienne ? Il va de soi que les Etats-Unis défendent inconditionnellement l’Etat juif depuis sa création. En l’occurrence, on souligne le fait que pendant les votes à l’ONU, sur le plan de répartition de la Palestine et la reconnaissance d’Israël, ils veillent à ce que les pays d’Amérique latine soutiennent le sionisme. D’ailleurs, chaque fois que les Etats-Unis lancent une proposition, visant soi-disant à résoudre la question palestinienne, les Palestiniens n’y sont pas impliqués, alors que, sans l’aval des Israéliens, les Etats-Unis n’avancent aucun pas vers une résolution.
Autrement dit, le processus de paix, mauvais ; très mauvais selon notre auteur, est une médaille à double tranchant ; non seulement la situation en Palestine empire encore et toujours, mais on essaie également, sans faire de bruit, de rendre indiscutables plusieurs aspects importants du problème palestinien.
En somme, à travers ces pages, illustrées de croquis et de tracs de temps en temps mêmes inédits, c’est toute l’histoire de la Palestine déchirée dans le sang qui défile, ainsi que la figure d’hommes moins familiers pour le grand public. Rédigé par un spécialiste, disons-le par un sympathisant palestinien, on comprendra mieux les enjeux de cette terre, où l’impartialité plus ou moins fait défaut.
C’est le propre de tous les ouvrages toujours factuels à mesure que l’on approche à l’époque présente. On regrettera, cependant, par exemple,l’absence d’analyse de la position des juifs français à l’égard du processus d’établissement d’Etat israélien, alors que celle des Belges a été largement traitée.
Ata Ayati