Ancien recteur des universités de Shiraz et de Téhéran, Ministre du développement et des sciences, de l’enseignement supérieur, auteur aussi de quelques livres sur la chute de la dynastie Pahlavi en 1979, Houchang Nahavendi, dans cet ouvrage, nous livre une version des complots de la chute d’une dynastie avec laquelle il a étroitement collaboré pendant trois décennies.
Nous savons que la révolution iranienne qui a vu le jour à la fin des années 70, a pour cause de multiples raisons sur lesquelles de nombreuses recherches ont été effectuées jusqu’à présent sur le plan historique, politique, sociologique et économique. Pour certains, cette révolution a eu lieu parce que le Shah était mourant ou parce que les Américains ne voulaient pas que l’Iran devienne une superpuissance.
Pour d’autres, elle fut le fait d’un complot ou grâce au discours populiste de l’Ayatollah Khomeyni. Mais la version de Nahavendi est tout à fait unique dans son genre, inspirée de « théorie de la conspiration » selon laquelle la restauration de la République islamique en Iran, en 1979, fut inventée de toutes pièces par les Occidentaux. A ce propos, dès la première page, l’auteur insiste sur le fait que le titre de son livre aurait pu s’intituler « enquête sur la naissance » ou même « fabrication de l’islamisme radical »( !).
Il a pour objectif de relater autant que possible les dessous, la face cachée de l’événement, de pénétrer dans le secret des personnages qui y ont joué un rôle, les intrigues et les actions souterraines, les manipulations. Afin d’atteindre un tel objectif, l’auteur s’est essentiellement basé, comme dans ses autres livres , sur ses propres souvenirs, son vécu personnel des événements, ses conversations avec le Shah, avant et en particulier après son départ d’Iran. De ce fait, l’auteur prétend nous informer comment, dès les années 1974-75, les Américains, alliés fidèles du Shah, et qui l’ont amené au pouvoir en 1953, à la suite d’un coup d’Etat contre le gouvernement du Dr. Mossadegh, pour des raisons liées au pétrole, avaient projeté de renverser ce même Shah. Nous découvrons aussi les manœuvres des diplomates américains et britanniques, et les pressions qu’ils exercèrent sur le Shah afin qu’il abandonne le pouvoir en faveur de l’opposition. Nous apprenons, par ailleurs que l’Ambassade d’Iran à Bagdad , au moment où Khomeyni quitte l’Irak pour la frontière du Koweït, prévoyait que le futur guide de la révolution islamique allait partir en Syrie ou en Libye. Alors que notre auteur, soi-disant, bien informé, on ne sait de quelles sources sûres( ?), lors d’une séance du Conseil d’Etat, assure le Premier Ministre de l’époque, en lui disant : « Je ne partage pas cet avis optimiste. Khomeyni ne se rendra ni en Syrie ni en Libye, mais à Paris… Monsieur le Premier Ministre, il faut être logique. Khomeyni cherche une plate-forme d’agitation et de propagande. Il ne peut la trouver ni à Bonn ni à Rome, ni aux Etats-Unis, il ne serait pas reçu s’il allait à Londres, il se ferait taxer ici d’anglophilie. Reste Paris, la capitale de la liberté, la capitale de la révolution où il existe un important groupe d’Iraniens hostiles à Sa Majesté, qui l’accueillera, soyons en persuadés, à bras ouverts ».
Ce qui est encore étonnant, c’est que l’auteur prend ses lecteurs pour des naïfs, écrivant : « Les relations de Khomeyni avec les Services spéciaux étrangers, notamment ceux de l’Allemagne de l’Est agissant sans aucun doute pour le compte de Moscou, n’étaient guère un secret…A Paris tout été bien préparé, sans doute par avance, pour le séjour du personnage. Deux escadrons des forces de sécurité sont chargés de le protéger. Méfiant malgré tout, il demande la venue d’agents algériens et de quelques Palestiniens pour compléter le dispositif… Il y a autour du petit pavillon où on a installé Khomeyni, des agents des principaux services secrets du monde : la C.I.A., l’I.S., le K.G.B., et S.D.E.C.E. Les agents de la C.I.A. avaient même loué la maison voisine de celle du personnage… Selon l’ensemble des témoignages publiés, ce sont les services de l’Allemagne de l’Est qui assurent la majeure partie des transmissions radios. Mais au moins, huit mille cassettes de l’ayatollah ont été expédiées discrètement de Paris à Téhéran par la valise diplomatique » !
La question qu’on pourrait poser à notre auteur bien informé de tout : où est le peuple iranien dans tous ces cas de figure ? Où sont les intellectuels et les étudiants qui manifestèrent chaque jour et réclamaient le départ du Shah ? Que valent cette phrase du Shah : « J’ai entendu la voix de votre révolution » ? Ce qui est certain, c’est que la liste des questions est infinie et notre auteur est prisonnier de ses idées « illusoires ».
On regrettera, certes, que l’auteur malgré trois décennies de collaboration avec le régime du Shah, n’ait pas approfondi bien des sujets qu’il a abordés et tenté de mettre en relief ! Bref, Il n’apporte aucun fait nouveau ni historique et ni social. Mais, en revanche au fil des pages il montre son dépit de ne pas avoir été nommé Premier ministre !
Le pire, c’est que l’impartialité d’investigation n’est absolument pas au cœur des préoccupations de l’auteur. Du reste, les idées reçues telles que l’auteur nous les livre dans son ouvrage sur un sujet comme le renversement du régime du Shah et l’instauration de la République islamique, prennent hélas le pas sur le fait historique, c’est-à-dire que l’auteur se moque de la vérité et occulte la réalité.
Ce qui demeure, d’une manière mystérieuse, c’est que comment se fait-il qu’en dépit de toutes recherches effectuées sur la révolution islamique, l’auteur reste aussi ignorant et que cette révolution fasse encore question ?
Ata Ayati