L’histoire du peuple palestinien depuis 1948, la création de l’Etat hébreu et la guerre de 1974 est un long fleuve, fait de larmes, de sang et d’exil Cette date, considérée comme nakba (catastrophe ou désastre), marque la destruction de la Palestine, l’éclatement de la société palestinienne, la perte de la terre et le début d’une vie d’errance. Un désastre, selon Constantin Zureik, à qui revient le concept, dans tous les sens du terme, et la plus éprouvante période de l’histoire que les Arabes aient connue, qui se traduit non seulement par une dépossession matérielle, mais aussi par une défaite morale et la perte de confiance des Arabes dans leurs gouvernements ; plus grave encore, leur doute dans leur propre capacité à former une nation. Le désespoir moral devient plus important que toutes les pertes physiques. Et la nakba devient l’événement fondateur d’une nation dispersée.
Pour le peuple palestinien, la reconstitution nationale, marquée par cette date, implique la recherche à travers la collecte d’archives et la reconstitution des périodes essentielles. Ainsi, la mémoire palestinienne, individuelle ou collective, reste dans une large mesure le seul outil légitime pour la restitution de tous les éléments constitutifs de l’histoire de ce peuple.
Dans cette optique, l’histoire orale est primordiale, en ce sens qu’à travers les récits de l’exode, les réalités quotidiennes d’un voyage de souffrance relatent le déracinement d’une société, son éclatement et sa recomposition dans l’exil. Cette histoire orale est une approche appliquée minutieusement dans ce livre pour la reconstitution de la mémoire palestinienne.
L’ouvrage comprend 14 contributions, chacune d’elles contient des études de qualité, qui sont l’équivalent d’une longue recherche approfondie.
L’originalité de ce livre est bien exprimée en introduction : « Prendre la mémoire pour objet d’étude invite à la transdisciplinarité et les contributions qui suivent mêlent de fait dimension historique et perspectives de socioanthropologie, permettant de multiplier les niveaux et les modes d’approche des productions mémorielles, dans l’ensemble des formes qui sont les leurs : discours ou pratiques, pratiques explicitement mémorielles, inscrites dans le registre de la commémoration, ou pratiques sociales du quotidien toujours investies d’une forte charge mémorielle. L’attention portée aux contenus de mémoire ouvre quant à elle deux champs d’observation distincts : la mémoire de l’événement, qui inscrit dans l’historicité le destin des individus et des groupes, et la mémoire sociale, celle des généalogies et des appartenances, celle des rituels religieux et des arts du quotidien. »
Une mémoire qui est ici interrogée dans toute sa polysémie par
un ensemble de jeunes chercheurs qui ont difficilement travaillé sur
le terrain, en Cisjordanie et à Gaza, parcouru les camps de
réfugiés de Jordanie et du Liban. Il propose des éléments inédits
pour une histoire sociale de la mémoire palestinienne.
Ata Ayati