David Rigoulet-Roze : Géopolitique de l’Arabie Saoudite. Armand Colin, 2005, 312p

David Rigoulet-Roze enseignant et chercheur, curieux de l’Arabie saoudite (en arabe Royaume arabe saoudien) tente, comme quelques prédécesseurs, de déjouer l’énigme posée par cet Etat, monarchie originale dont l’importance tient à deux facteurs : La Mecque et le pétrole.
L’introduction, brillant rappel du passé régional, annonce une analyse, dite géopolitique, de l’évolution historique de cette entité récente, amorcée au XVIIIème siècle, déclarée voici soixante dix ans. Trois chapitres à peu près égaux servent une démonstration : la genèse de l’Etat, le royaume dans la seconde moitié du XXème siècle, le régime à l’épreuve de l’islamisme. Les deux premiers synthétisent les principales études de cet Etat publiées en français – dont certaines ont été ici présentées.
Dans le premier chapitre, l’accent est mis notamment sur les Ikhwans, instrument politico-militaire, fraternité de guerriers unie par la foi en Dieu qui, après avoir servi les ambitions expansionnistes de la dynastie, a connu une inévitable et tragique liquidation : rébellion écrasée en 1929 avec l’aide des autorités britanniques. Est alors créée« la direction de la moralité publique ».
En 1939 l’or noir est exploitable. En 1943 le pays devient d’importance vitale pour les Etats-Unis. En 1944 naît l’ARAMCO : en échange de pétrole, les Etats-Unis garantissent la sécurité du territoire. Le second chapitre rappelle l’habileté d’Ibn Séoud à conquérir et administrer une grande partie de la péninsule arabique (plus de deux millions de km2). Par une promenade dans l’espace et le temps, agrémentée par quelques rappels de légendes, accompagnée de quinze cartes-croquis fort clairs, les régions sont décrites autour de trois pôles majeurs – le Nedj avec Ryad, le Hassa oriental, le Hedjaz et ses deux villes saintes - soulignant les marques du passé, ainsi les sunnites mieux traités que les chiites, le rôle premier du pétrole et les énormes moyens financiers induits. Le pays est maintenant urbanisé à 86%. Sur les quelque 25 millions d’habitants, 20% sont étrangers et représentent 2/3 des actifs dans cette économie de rente. S’il reste trente tribus répertoriées, leur rapport fort subtil à l’Etat a été totalement modifié.
Le contrôle du territoire et des ressources afférentes est le fait exclusif du pouvoir étatique ; pour tenter d’unifier le pays, une planification spatiale est engagée dans les années 90. Le roi assisté d’un conseil dont les membres sont nommés et révocables, délibérant dans le secret, consulté sur les lois à l’exception du budget, détient ainsi l’exclusivité du pouvoir législatif. Il doit désigner comme successeur le prince le plus digne.
Parmi les chocs subis, l’auteur retient l’insurrection de La Mecque en 1979, contestation interne, « avatar moderniste » des Ikhwans « ceux qui récusant Al Saoud, dénonçant le relâchement grandissant de la pureté islamique depuis que le pétrole avait fait la fortune du pays.
La dernière partie expose – comme le fit Pascal Ménoret – la complexité du royaume aux prises avec les menaces islamistes renforcées après 1995, les pressions internationales, plus précisément américaines, et le dessein affirmé des néo conservateurs engagés dans un remodelage du Moyen-Orient, en suivant de près l’actualité mise en scène par la presse française et américaine. Les jeux, plus ou moins secrets, sont variés dans un contexte dominé par la puissance américaine, ses discours équivoques, ses revirements redoutés, une monarchie où les postes sont attribués aux princes, souvent tiraillés par des rivalités privées, peu enclins à dominer des situations dangereuses ou à répondre à des formes de contestation refoulées ou explosives. L’ambiguïté des relations américano saoudiennes est renforcée après le 11 septembre ; les Etats-Unis cherchent leur sécurité, l’Arabie saoudite protège les zones pétrolières et cherche à s’adapter à des situations mouvantes. Les scénarios projetés sont sombres.
Si les deux premières parties sont solides, la troisième permet une lecture suivie de l’actualité plus apte à poser des questions qu’à formuler des réponses. Il eût été souhaitable de chiffrer la production pétrolière, d’en éclairer le rôle financier interne comme externe et de pointer les faiblesses de cet Etat, notamment sur le plan militaire : l’achat des armes n’en assure pas la maîtrise. Monique Jouffroy